Un décrochage sans précédent

La confiance des Européens envers les États-Unis a atteint un niveau historiquement bas, selon une enquête publiée mercredi par le Conseil européen des relations étrangères (ECFR). Réalisée dans quinze pays du continent, cette étude indique que seuls 11 % des personnes interrogées perçoivent encore les États-Unis comme un allié. Ce chiffre marque une chute continue : il était de 16 % il y a six mois et de 22 % en novembre 2024, lors de la victoire électorale de Donald Trump.

Dans tous les pays sondés, à l'exception de la Bulgarie, une majorité de répondants a estimé que les relations transatlantiques s'amélioreraient une fois que l'actuel locataire de la Maison-Blanche aura quitté ses fonctions.

Les raisons d'une défiance croissante

Depuis le début de son second mandat, le président américain a multiplié les actions perçues comme hostiles par les capitales européennes. Il a imposé des droits de douane aux nations du Vieux Continent, menacé de se retirer de l'OTAN, invoquant un soutien jugé insuffisant au conflit américano-israélien contre l'Iran et des dépenses de défense qu'il estime trop faibles.

Par ailleurs, Donald Trump a réitéré son intention de prendre le contrôle du Groenland, territoire autonome du Danemark, pourtant membre de l'OTAN et de l'Union européenne. En mai dernier, Washington a également annoncé le retrait de troupes stationnées en Allemagne, dans le cadre d'un différend entre le président américain et le chancelier allemand Friedrich Merz. Ce dernier avait déclaré que les États-Unis étaient « humiliés » par l'Iran.

Un sentiment d'insécurité partagé

Une majorité des participants à l'enquête a indiqué ne pas croire que les États-Unis voleraient au secours de l'Europe si elle était attaquée. Ce constat intervient alors que les dirigeants européens cherchent à redéfinir leur stratégie transatlantique.

Lors du Forum économique mondial de Davos, qui coïncidait avec l'apogée des menaces de Donald Trump sur le Groenland, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a estimé que la dégradation des liens avec Washington démontrait la « nécessité de construire une nouvelle forme d'indépendance européenne ».

Quel avenir pour l'Europe ?

L'enquête de l'ECFR suggère que les Européens « embrassent l'autosuffisance et voient clairement Donald Trump », sans toutefois s'attendre à une rupture totale des relations sous le poids des défis actuels. Les résultats du sondage ont été diffusés à l'approche des sommets du G7 et de l'OTAN, prévus dans les semaines à venir.

L'Ukraine et l'énergie : des positions prudentes

S'agissant de la guerre en Ukraine, une majorité d'Européens soutient le pays, mais se montre réservée quant à une adhésion rapide à l'Union européenne et à l'envoi de troupes pour combattre aux côtés des forces ukrainiennes. Sur le plan énergétique, la plupart des personnes interrogées reconnaissent l'existence d'une crise, mais restent fermement opposées à l'importation de combustibles fossiles russes.

Une comparaison dans le temps

Par rapport à l'année précédente, l'étude a enregistré une hausse de 4 points de pourcentage de la proportion d'Européens jugeant que les États-Unis ne sont plus un partenaire fiable. Cette tendance, combinée à la baisse du nombre de ceux qui les considèrent comme un allié, confirme un fossé grandissant entre les deux rives de l'Atlantique.