Un geste devenu banal

Copier un DVD acheté en magasin relevait en 1999 d'un crime fédéral aux États-Unis, passible de poursuites au titre du Digital Millennium Copyright Act (DMCA). Vingt-sept ans plus tard, la même opération s'effectue avec un lecteur USB à 22 dollars livré en deux jours et un logiciel gratuit disponible en ligne. Patrick Quirk, auteur d'un billet publié sur Substack, a documenté sa tentative de duplication d'un DVD de Gladiator issu de sa propre collection. L'expérience, menée en mai 2026, met en lumière la transformation radicale du paysage technologique et juridique entourant la copie des supports optiques.

L'ensemble du processus, de l'insertion du disque à l'obtention d'une copie, prend environ une heure. Le matériel nécessaire est un graveur externe générique, acheté sur un site de commerce en ligne. Le logiciel de décryptage, MakeMKV, est distribué gratuitement sous forme de bêta perpétuelle. En arrière-plan, la bibliothèque libdvdcss, écrite par un adolescent norvégien en 1999, déchiffre sans intervention le système CSS (Content Scramble System), la couche de protection que l'industrie cinématographique avait fait adopter dans les années 1990.

Un écosystème de duplication toujours actif

Quirk possède un duplicateur de DVD professionnel, le Vinpower SharkCopier, capable de graver onze disques à la fois. Ce type d'appareil reste utilisé par des églises, des cinéastes indépendants, des départements audiovisuels d'universités ou des districts scolaires pour produire des séries de DVD. Le SharkCopier refuse toute copie d'un disque protégé par CSS, en affichant une erreur (Error 209) sans possibilité de la contourner. Pour dupliquer un DVD commercial, il faut donc d'abord extraire le contenu sur un ordinateur, en supprimant la protection, puis graver une image propre que le duplicateur acceptera de cloner.

Le paradoxe du matériel coûteux

L'auteur relate également une tentative infructueuse avec le lecteur optique de son serveur Dell PowerEdge R630, un équipement haut de gamme destiné aux datacenters. Ce lecteur a refusé de lire le DVD, renvoyant le code d'erreur Incompatible medium installed (SCSI 02/30/00). Il s'agit d'une restriction implantée au niveau du firmware : les lecteurs de serveurs sont configurés pour n'accepter que les supports de récupération ou d'installation, pas les DVD-Vidéo grand public. Ce blocage matériel, décidé par le fabricant, rend l'équipement professionnel moins capable qu'un simple lecteur externe à bas prix. Quirk souligne ce paradoxe : un matériel coûteux (plusieurs centaines de dollars) s'avère inutile pour la tâche, tandis qu'un accessoire à 22 dollars fait parfaitement l'affaire.

Des vestiges logiciels sur le disque

En explorant le contenu du DVD, l'auteur a découvert une présence inattendue : le disque contenait des fichiers au-delà de la vidéo. Il mentionne un dossier nommé drmworks, un installateur, un fichier autorun.inf, ainsi que des arbres de binaires pour Windows et Mac. Ces éléments proviendraient d'une société japonaise de gestion des droits numériques (DRM), aujourd'hui disparue depuis une vingtaine d'années. Cette découverte illustre la surcharge logicielle que les studios imposaient sur les DVD au début des années 2000. Quirk indique que de nombreux DVD pressés entre 1998 et 2005 contenaient en réalité une deuxième couche logicielle, aujourd'hui obsolète et non maintenue.

Un retour sur l'histoire du contournement

Cette expérience personnelle met en perspective le chemin parcouru depuis le sommet de la guerre du copyright. En 1999, le décryptage du CSS était passible de lourdes sanctions pénales aux États-Unis. L'adolescent norvégien à l'origine de la première version de DeCSS, Jon Lech Johansen, fit l'objet de poursuites judiciaires. Aujourd'hui, libdvdcss est intégré par défaut dans la plupart des lecteurs multimédia modernes, et le DMCA n'a plus guère d'effet dissuasif sur ce type d'utilisation personnelle. Avec un investissement dérisoire, tout utilisateur peut légalement (dans certaines juridictions) ou techniquement copier ses DVD.

Conclusion

L'essai de Patrick Quirk illustre la déliquescence des verrous technologiques qui semblaient inviolables il y a un quart de siècle. Le matériel de duplication professionnel reste contraint par des barrières logicielles, mais un simple graveur externe, combiné à des outils libres, permet aujourd'hui de réaliser ce qui fut jadis un crime fédéral. L'histoire de la protection des DVD se lit désormais comme un chapitre clos, où les restrictions ne survivent que dans les niches du matériel professionnel.