La chaîne de café Starbucks en Corée du Sud va procéder à une fermeture anticipée de l'ensemble de ses magasins afin de dispenser une formation historique à ses employés. Cette décision fait suite à une vive polémique provoquée par une campagne marketing jugée insultante pour la mémoire collective du pays.
L'opérateur sud-coréen de la marque, Shinsegae Group, a indiqué que tous les établissements du pays fermeront leurs portes à 15 heures, heure locale, lundi prochain. Les employés participeront alors à une session intitulée « sensibilisation à la conscience historique et sociale ». Le groupe a précisé qu'il s'agira de la première fois que l'ensemble des enseignes ferment simultanément en avance depuis le lancement de Starbucks en Corée du Sud en 1999.
Cette mesure intervient après qu'une opération promotionnelle, lancée en mai, a suscité l'indignation. Pour vendre une gamme de gobelets isothermes, Starbucks Korea avait utilisé les termes « Tank Day » (jour du char) et « 5/18 ». Ces références renvoient directement à la répression militaire du soulèvement pro-démocratie de Gwangju, survenu le 18 mai 1980.
Une réaction en chaîne après la polémique
Le tollé général a conduit au limogeage du directeur général de Starbucks Korea, Son Jung-hyun. Le siège mondial de Starbucks avait qualifié cet incident d'« involontaire », tout en admettant qu'il « n'aurait jamais dû se produire ».
Dans le cadre des mesures correctives, le président de Shinsegae Group, Chung Yong-jin, ainsi que les cadres dirigeants, suivront une formation séparée mercredi. Le groupe a déclaré que cette initiative vise à « tirer les leçons de l'incident et à empêcher que des cas similaires ne se reproduisent au sein du groupe à l'avenir ».
Le poids historique du soulèvement de Gwangju
Le soulèvement de Gwangju, mené par des étudiants opposés au régime militaire de Chun Doo-hwan, a été violemment réprimé par l'armée. Cet événement est considéré comme un tournant majeur dans le processus de démocratisation de la Corée du Sud, qui a conduit aux premières élections libres en 1987. Les chiffres officiels font état de plus de 200 morts, mais des historiens et des militants estiment le bilan réel à plus de 2 000 personnes.
Avec plus de 2 000 magasins, la Corée du Sud constitue le deuxième marché étranger de Starbucks après la Chine. La décision de fermer les points de vente pour une formation obligatoire souligne la sensibilité politique et historique encore très vive dans le pays.