La campagne pour une élection partielle au Royaume-Uni prend une tournure inattendue. Le chef de file populiste Nigel Farage, figure majeure du Brexit et député en exercice, devrait affronter un unique rival : un personnage coiffé d’une tête de poubelle, se faisant appeler Count Binface.
Ce candidat atypique n’en est pas à son premier scrutin. Sous ce pseudonyme burlesque, un comédien britannique se présente régulièrement à diverses élections, visant à tourner en dérision le système politique en place. Count Binface s’était déjà illustré en se présentant contre Boris Johnson en 2019, puis contre l’ancien Premier ministre Rishi Sunak. Il recueille généralement quelques centaines de voix, mais son objectif affiché est moins la victoire que la satire.
Un programme délibérément loufoque
Count Binface propose des mesures volontairement absurdes, comme la taxation des robots, l’interdiction de construire des bâtiments ressemblant à des têtes de chat, ou encore l’obligation pour les hommes politiques de mesurer au moins 1,50 mètre. Il se décrit lui-même comme un « politicien de l’espace », jouant sur l’extravagance de son costume qui lui donne une allure extraterrestre.
Pour cette élection partielle, il a annoncé sa candidature avec le slogan « Make Britain Great Again », un clin d’œil à Donald Trump, tout en ajoutant des promesses comme l’abaissement du coût de la vie par la réduction du nombre de jours dans la semaine. Son programme mêle critiques acerbes du personnel politique et propositions fantaisistes.
Nigel Farage face à un adversaire inattendu
Nigel Farage, ancien eurodéputé et artisan de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, tente de consolider son assise électorale dans une circonscription où il avait été élu avec une large avance. La présence d’un seul adversaire, qui plus est humoristique, suscite l’étonnement : d’ordinaire, les scrutins britanniques mettent en lice plusieurs candidats des principaux partis. Aucun parti traditionnel ni aucune autre formation ne semble avoir présenté de concurrent dans ce scrutin partiel, laissant le champ libre à l’affrontement entre le député sortant et le comédien à tête de poubelle.
Une tradition de candidatures farfelues
Count Binface s’inscrit dans une longue tradition britannique de candidats excentriques, à l’image du « Parti officiel du monstre fou » (Official Monster Raving Loony Party), qui dispute des élections depuis les années 1980. Derrière le costume se cache un activiste qui refuse de révéler son identité civile, préférant laisser son personnage parler. Il affirme que ses candidatures visent à rappeler aux électeurs que la politique peut être prise avec humour et que les politiciens ne doivent pas être pris trop au sérieux.
L’issue du scrutin paraît néanmoins jouée d’avance, Nigel Farage bénéficiant d’une popularité certaine dans sa circonscription. Mais l’attention médiatique se concentre sur ce duel singulier, qui détourne les projecteurs des enjeux politiques classiques. Le jour du vote, Count Binface espère au moins faire mieux que ses précédents scores – quelques centaines de voix – et priver le député d’une victoire triomphale.
Un test pour la démocratie britannique ?
Au-delà du divertissement, certains commentateurs voient dans cette candidature unique le signe d’un désintérêt des grands partis pour cette élection partielle, ou d’une tactique pour éviter une dispersion des voix. Quoi qu’il en soit, Count Binface incarne une fois de plus une forme de contestation bon enfant, rappelant que le système électoral britannique tolère – voire encourage – une dose d’humour dans le débat public.