Une passion freinée par les contraintes administratives et financières
La Coupe du monde 2026, qui se déroule aux États-Unis, au Canada et au Mexique, suscite un vif engouement en Côte d'Ivoire, pays qualifié pour la première fois depuis 2014. Pourtant, l'excitation laisse place à une profonde amertume pour une grande partie des amateurs de football ivoiriens, qui se heurtent à des obstacles quasi insurmontables pour assister aux matchs de leur équipe nationale.
Les difficultés sont doubles. D'un côté, le prix des billets pour les rencontres est jugé exorbitant par de nombreux habitants. De l'autre, l'obtention d'un visa pour pénétrer sur le territoire américain s'apparente à un parcours du combattant, avec des taux de refus très élevés et des délais de traitement dissuasifs. Cette situation provoque un sentiment de frustration et d'injustice parmi les supporteurs, qui voient leur rêve de soutenir les Éléphants en terre américaine s'évanouir.
Des tarifs inaccessibles pour le grand public
Les prix des places mises en vente pour le Mondial sont pointés du doigt. Même les catégories les moins onéreuses dépassent largement les budgets moyens des ménages ivoiriens. « Quand j'ai vu le prix du moindre billet, j'ai compris que ce n'était pas pour moi », confie un habitant d'Abidjan, résigné. Pour beaucoup, l'idée même de payer une telle somme pour un seul match est inconcevable, alors que le salaire minimum dans le pays ne permet pas de telles dépenses.
« J'économisais depuis l'annonce de la qualification, mais avec les prix des billets et le voyage, c'est mission impossible », explique un autre supporter, qui avait pourtant prévu de se rendre aux États-Unis. Le coût des billets, ajouté à celui du transport aérien et de l'hébergement, transforme le rêve d'un voyage sportif en une chimère pour la quasi-totalité des citoyens.
Un mur de visas infranchissable
Au-delà de la question financière, c'est le volet administratif qui constitue le principal obstacle. Les demandeurs de visa pour les États-Unis originaires de Côte d'Ivoire sont confrontés à des critères d'éligibilité très stricts et à des délais d'attente qui peuvent atteindre plusieurs mois. Les refus sont fréquents, souvent sans explication détaillée.
Des témoignages font état de supporters ayant fait les démarches bien en amont du tournoi, sans jamais obtenir de réponse favorable. « J'ai rempli tous les formulaires, fourni tous les justificatifs demandés. On m'a refusé sans me dire pourquoi », raconte un jeune homme déçu. Cette situation est vécue comme une humiliation par certains, qui estiment que leur pays n'est pas traité avec le même respect que d'autres nations.
Appels à une intervention des autorités
Face à ce constat, des voix s'élèvent pour demander à la Fédération ivoirienne de football et au gouvernement de négocier des facilités avec les États-Unis. L'idée d'une procédure de visa simplifiée ou d'un quota de places attribuées via la fédération est évoquée, à l'instar de ce qui a pu être fait par le passé lors de grands événements sportifs.
« La passion pour le foot ne connaît pas de frontières, mais les visas, si », résume amer un observateur. Pour l'instant, aucune annonce officielle n'a été faite concernant un assouplissement des règles, et la compétition se déroule sans que les supporters ivoiriens n'aient pu se rendre en nombre aux stades où évoluent leurs joueurs.
Un sentiment d'exclusion
Cette double barrière, financière et administrative, alimente un sentiment d'exclusion parmi les amateurs de football du pays. Beaucoup suivent les matchs depuis des écrans géants installés dans les bars et les espaces publics à Abidjan, mais l'absence de représentation physique dans les gradins américains est perçue comme une injustice.
Certains estiment que cette situation traduit une inégalité d'accès aux grands événements mondiaux, où les fans des pays en développement se trouvent systématiquement désavantagés. « On se sent exclus du rêve, comme si notre soutien ne comptait pas », lâche un supporter, le regard tourné vers son téléviseur. Pour la sélection ivoirienne, le soutien viendra donc essentiellement des écrans, faute de pouvoir être porté par une marée humaine dans les stades nord-américains.