L’affaire a été rendue publique ce vendredi 5 juin. Quatre députés de La France insoumise (LFI) ont reçu à l’Assemblée nationale un courrier anonyme dont le contenu est décrit comme « raciste et odieux » par les avocats des victimes. La missive, adressée aux élus noirs du groupe parlementaire, détournait des cases de l’album « Tintin au Congo » (1930-1931), œuvre régulièrement critiquée pour sa représentation stéréotypée des populations africaines.
Une plainte déposée par les quatre élus
Les députés concernés — plusieurs observateurs mentionnent les noms d’Aly Diouara, Antoine Léaument, Sébastien Delogu et Ersilia Soudais, mais seule la plainte collective est confirmée — ont porté plainte, assistés de leur conseil. Le parquet de Paris a aussitôt ouvert une enquête préliminaire pour « injure publique à caractère racial », confiée à la police judiciaire. L’avocate des quatre parlementaires a dénoncé « un déchaînement de haine raciste à l’encontre des personnes noires », réclamant que « cesse l’impunité » dont bénéficieraient les auteurs de tels actes.
Un mode opératoire qualifié de ciblé
Selon les informations recueillies, le courrier a été expédié via la boîte aux lettres interne de l’Assemblée. Il ne s’agissait pas d’un envoi groupé : chaque pli était nominatif et adressé nominativement au bureau d’un élu noir de LFI. Les enquêteurs cherchent à déterminer si l’auteur a agi seul ou s’il s’inscrit dans un réseau plus large. Le détournement de l’œuvre de Hergé — un des albums les plus controversés de la série — constitue un élément central de la qualification pénale retenue, l’article 33 de la loi sur la presse réprimant les injures raciales.
Réactions politiques et soutien transpartisan
Les faits ont suscité une vague d’indignation dans le monde politique. Plusieurs figures de la majorité et de l’opposition ont exprimé leur solidarité avec les élus visés, tout en appelant à ne pas politiser l’affaire avant les conclusions de l’enquête. Le président de l’Assemblée nationale a fait savoir qu’il condamnait « avec la plus grande fermeté » cet acte et qu’il se tenait à la disposition des enquêteurs pour faciliter les investigations. Au sein de LFI, la direction a qualifié le courrier de « symptôme d’un racisme ordinaire qui gangrène la société ».
Contexte et précédents
Cet incident intervient dans un climat de tensions récurrentes autour des propos racistes ou antisémites en milieu politique. Plusieurs élus, de diverses obédiences, ont été la cible de courriers haineux ces dernières années, mais l’utilisation d’une référence culturelle aussi reconnaissable que « Tintin au Congo » est présentée comme inédite par les observateurs judiciaires. L’enquête devra établir si les auteurs peuvent être identifiés via les images détournées ou les traces postales.