L'organisation Amnesty International a rendu public un rapport accablant accusant les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire soudanaise, d'avoir perpétré des crimes contre l'humanité et un nettoyage ethnique dans la ville d'El-Fasher, au Darfour. Le document, publié ce mercredi 1ᵉʳ juillet 2026, s'appuie sur des témoignages de survivants, des images satellite et des analyses médico-légales pour documenter une série d'atrocités commises lors de la prise de la ville en octobre 2025.
Selon le rapport, les FSR ont mené des exécutions sommaires de civils, des viols systématiques et des pillages à grande échelle, visant particulièrement les communautés non arabes de la région. Amnesty International estime que ces actes constituent des crimes contre l'humanité au regard du droit international. L'organisation qualifie également les événements de « nettoyage ethnique », un terme qui désigne l'expulsion forcée de populations sur la base de leur appartenance ethnique.
Des témoignages accablants
Le rapport d'Amnesty International décrit une opération militaire coordonnée et délibérée. Les paramilitaires auraient ciblé des civils fuyant les combats, exécuté des hommes en âge de porter les armes et violé des femmes et des filles. Des quartiers entiers auraient été incendiés et des biens systématiquement pillés. Les témoignages recueillis par l'organisation décrivent des scènes de terreur, où les habitants ont été contraints de fuir leur domicile sous la menace des armes.
« Ces actes ne sont pas des dommages collatéraux d'un conflit armé, mais des crimes prémédités visant à terroriser et à déplacer une population en raison de son identité ethnique », a déclaré un porte-parole d'Amnesty International. L'organisation précise que ses enquêteurs ont également documenté des cas de disparitions forcées et de torture.
Un contexte de guerre civile
El-Fasher, la dernière grande ville du Darfour encore sous contrôle de l'armée soudanaise avant sa chute, était devenue un symbole de résistance face à l'avancée des FSR. La prise de la ville par les paramilitaires en octobre 2025 a marqué un tournant dans la guerre civile qui déchire le Soudan depuis avril 2023. Ce conflit oppose l'armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, aux FSR, commandées par le général Mohamed Hamdane Daglo, dit « Hemedti ».
Le rapport d'Amnesty International intervient alors que la communauté internationale s'inquiète d'une escalade des violences dans d'autres régions du Soudan. Ces dernières semaines, plusieurs organisations et gouvernements ont mis en garde contre un risque imminent d'« atrocités de masse » à El-Obeid, une ville située dans l'État du Kordofan septentrional. Au moins 29 pays ont signé une déclaration commune le 21 juin dernier, alertant sur la menace qui pèse sur les civils dans cette zone. Les États-Unis ont également exprimé leur vive préoccupation à la suite de l'accumulation de preuves faisant état de possibles crimes de guerre imminents.
Des appels à la justice
Dans son rapport, Amnesty International appelle la communauté internationale à agir sans délai pour mettre fin à l'impunité dont bénéficient les auteurs de ces crimes. L'organisation exhorte le Conseil de sécurité des Nations unies à imposer un embargo sur les armes et à renvoyer la situation au Darfour devant la Cour pénale internationale (CPI).
« Les preuves sont accablantes. Les dirigeants des FSR doivent répondre de ces actes devant la justice », a insisté Amnesty International. L'organisation a également demandé la mise en place d'une commission d'enquête internationale indépendante pour documenter l'ensemble des violations commises depuis le début du conflit.
Un conflit meurtrier
Depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, le Soudan est plongé dans une crise humanitaire et sécuritaire sans précédent. Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées et plus de dix millions déplacées, selon les Nations unies. La région du Darfour, déjà marquée par un génocide au début des années 2000, est de nouveau le théâtre de violences ethniques. Les FSR, issues des milices janjawids qui avaient semé la terreur il y a vingt ans, sont accusées de répéter les mêmes schémas de brutalité.
Le rapport d'Amnesty International, publié ce 1ᵉʳ juillet, pourrait relancer les appels à une action internationale plus ferme, alors que les pourparlers de paix menés sous l'égide de l'Arabie saoudite et des États-Unis sont au point mort. La communauté internationale, divisée et lente à réagir, est accusée par les organisations de défense des droits humains de laisser le conflit soudanais sombrer dans l'oubli.