La Havane – Alors que l’île subit de plein fouet les conséquences du blocus pétrolier américain, les dirigeants cubains examinent des mesures économiques d’une ampleur sans précédent. Le président Miguel Díaz-Canel a reconnu devant le bureau politique du Parti communiste la nécessité de « changements urgents et nécessaires » pour éviter un effondrement. Ce discours, diffusé jeudi, constitue l’admission la plus franche à ce jour de la nécessité de réformer en profondeur le modèle économique du pays.

Inspirations chinoise et vietnamienne Dans son intervention, Miguel Díaz-Canel a cité la Chine et le Vietnam comme des modèles possibles pour ouvrir l’économie cubaine au monde. Il a évoqué la création de richesses et leur répartition équitable, reprenant des principes qui ont guidé les réformes de ces deux pays asiatiques. Les propositions actuellement sur la table visent à accroître les investissements étrangers, réduire la taille du secteur public et, plus largement, assouplir le monopole d’État sur l’économie.

Un contexte de pression américaine Ce virage intervient alors que l’administration Trump intensifie sa campagne de sanctions, en particulier contre les livraisons de pétrole à Cuba. Cette pression étrangère aggrave une crise intérieure marquée par des pénuries, l’inflation et un exode croissant de la population. Pour les autorités, la survie du régime passe par une adaptation rapide, quitte à remettre en cause certains dogmes hérités de la révolution castriste.

Des précédents dans l’histoire cubaine Ce n’est pas la première fois que La Havane cherche des modèles extérieurs. Dans les années 2010, le gouvernement de Raúl Castro avait déjà amorcé une ouverture en direction des petites entreprises privées, tout en conservant un contrôle strict sur les secteurs stratégiques. L’actuelle démarche semble toutefois d’une tout autre envergure : il ne s’agit plus seulement d’ajustements marginaux, mais d’une réorientation structurelle, à l’image des réformes chinoises initiées par Deng Xiaoping à la fin des années 1970.

Des discussions encore préliminaires Les sources indiquent que les dirigeants cubains en sont encore à la phase d’évaluation des propositions. Aucune décision définitive n’a été annoncée, et le calendrier reste flou. Si le projet se concrétise, il pourrait transformer en profondeur les relations de Cuba avec ses partenaires étrangers, notamment dans les secteurs du tourisme, de l’énergie et des infrastructures.

Des défis considérables Pourtant, les obstacles sont nombreux. L’appareil d’État, traditionnellement réticent à toute libéralisation susceptible d’affaiblir son autorité, pourrait freiner les ardeurs réformatrices. Par ailleurs, l’exemple vietnamien montre que l’ouverture économique ne va pas sans tensions politiques : le Parti communiste vietnamien a dû constamment arbitrer entre efficacité économique et maintien du contrôle politique. À Cuba, où la société civile est plus organisée et où l’exil a créé de puissants réseaux de diasporas, l’équation est encore plus complexe.

Un signal fort pour la communauté internationale En choisissant de s’inspirer ouvertement de la Chine et du Vietnam, Cuba adresse un message clair à ses partenaires : elle est prête à entrer dans une nouvelle ère de réformes pragmatiques, tout en restant sous l’égide du Parti communiste. Cette démarche pourrait séduire des investisseurs potentiels, notamment chinois et russes, déjà présents dans l’île via des projets d’infrastructures et d’exploration pétrolière offshore. Reste à savoir si les États-Unis, par leur politique de sanctions, laisseront suffisamment de marge de manœuvre à La Havane pour mener à bien ces transformations.