Le Parlement cubain a adopté la semaine dernière un train de réformes économiques d'une ampleur inédite depuis la révolution de 1959. Face à la pire crise de l'histoire contemporaine de l'île, marquée par des coupures d'électricité pouvant atteindre trente heures et une pénurie généralisée, les autorités de La Havane ont dévoilé un plan de 176 mesures destiné à libéraliser partiellement l'activité économique.
Pour la première fois en soixante-sept ans, l'État renonce à son monopole absolu sur le commerce. Les nouvelles dispositions autorisent la création de banques privées, la possession de plusieurs entreprises par un même propriétaire et l'acquisition de biens immobiliers sans limite de nombre. Ces avancées constituent un tournant idéologique pour le régime castriste, jusqu'ici très réticent à ouvrir son système aux mécanismes de marché.
Le gouvernement cubain assure que ces mesures ne répondent pas aux pressions exercées par Washington, mais les experts jugent cette affirmation peu crédible. Selon plusieurs analystes, la mise en œuvre effective des réformes dépendra largement d'un assouplissement des sanctions économiques imposées par l'administration Trump. Celle-ci continue d'exiger des changements profonds, tant économiques que politiques, en échange de toute levée des restrictions.
De nombreux observateurs comparent ce virage aux modèles chinois et vietnamien, où le parti unique conserve le contrôle politique tout en ouvrant l'économie au secteur privé et aux investissements étrangers. Sans une réduction des barrières américaines sur les transferts de fonds et les investissements, le plan risque de rester lettre morte.
Le paquet de mesures a été adopté à la hâte par l'Assemblée nationale, traduisant l'urgence de la situation. Les coupures d'électricité récurrentes, la pénurie de carburant et l'exode d'entreprises étrangères ont aggravé une économie déjà exsangue après des décennies de gestion centralisée et l'effondrement des soutiens internationaux, notamment vénézuéliens.
Les nouvelles règles représentent la plus grande concession économique consentie par le pouvoir cubain depuis l'arrivée de Fidel Castro. Il s'agit d'un basculement radical par rapport à la planification centralisée qui prévalait jusque-là. Le gouvernement insiste sur le fait que Cuba restera un pays socialiste, mais les experts soulignent que l'ampleur de la libéralisation rapproche le pays des économies mixtes asiatiques.
Les autorités espèrent que ces réformes attireront des capitaux étrangers et relanceront une production locale sinistrée. L'inflation galopante et la baisse du pouvoir d'achat minent le quotidien des Cubains, qui endurent des files d'attente interminables pour les produits de première nécessité. La réussite du plan dépendra non seulement de la réponse de Washington, mais aussi de la capacité de l'appareil d'État à mettre en œuvre des changements aussi profonds sans perdre le contrôle politique.
En attendant, la population reste sceptique : les précédentes tentatives de réforme, dans les années 1990 et 2010, avaient été progressivement abandonnées ou vidées de leur substance. Ce nouvel ensemble de mesures, bien que plus ambitieux, pourrait connaître le même sort si les conditions extérieures ne changent pas.