Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a dévoilé, lors d'une allocution retransmise à la nation, un plan d'action visant à répondre à l'immigration illégale, alors que le pays connaît une recrudescence des manifestations anti-étrangers et des frustrations liées au chômage élevé. Les mesures annoncées incluent l'emprisonnement des employeurs qui recrutent des travailleurs sans papiers, la création de tribunaux spécialisés pour accélérer les expulsions des migrants en situation irrégulière, ainsi que la mise en place d'un registre biométrique pour chaque personne résidant sur le territoire, afin de lutter contre l'usurpation d'identité.
Un contexte de tensions croissantes
Ces annonces surviennent dans un climat de vives tensions. Plusieurs pays africains ont organisé ces dernières semaines l'évacuation de certains de leurs ressortissants, craignant une escalade de la violence. Des groupes anti-migrants demandent le départ des étrangers sans papiers, fixant au 30 juin une date butoir. Des incidents ont été signalés dans la région d'Overberg, dans la province du Cap-Occidental, où plusieurs centaines de migrants africains ont fui leurs domiciles après des menaces et des intimidations. Deux citoyens mozambicains ont trouvé la mort à Mossel Bay. Certains migrants ont trouvé refuge dans des halls communautaires, sur les plages ou dans les montagnes voisines. Un groupe d'environ 140 personnes a déjà été acheminé vers le Malawi et le Mozambique. À Durban, des étrangers campent devant les services de l'intérieur depuis plusieurs semaines, affirmant craindre pour leur vie.
Les grandes lignes du plan présidentiel
Le chef de l'État a reconnu que l'immigration illégale exerçait une pression injuste sur les services publics sud-africains et que le gouvernement devait s'attaquer à cette question. Il a présenté une stratégie en cinq axes :
- Renforcement de la répression des infractions à la législation sur l'immigration.
- Amélioration de la sécurité aux frontières.
- Élimination de la corruption au sein du système d'immigration.
- Comblement des lacunes juridiques dans les textes encadrant l'immigration.
- Coopération avec les autres pays africains pour résoudre le problème.
Le président a également annoncé le recrutement de 10 000 inspecteurs chargés de contrôler les entreprises. Les employeurs reconnus coupables d'embauche de migrants sans papiers, qui exploitent ces derniers en leur versant des salaires bien inférieurs au minimum légal, s'exposeront à des sanctions plus sévères, pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement. Par ailleurs, le gouvernement compte supprimer les livrets d'identité verts, accusés de favoriser l'usurpation d'identité par des migrants clandestins et des réseaux criminels. Cette suppression s'inscrit dans un projet plus large de mise en place d'une identité numérique pour tous les citoyens. Les centres d'accueil des réfugiés seront délocalisés vers les postes frontières.
Des quotas d'emploi pour les travailleurs étrangers pourraient être instaurés par secteur économique ou catégorie professionnelle. Enfin, des efforts seront menés pour enregistrer correctement les petites épiceries informelles (spaza shops), souvent tenues par des étrangers et régulièrement ciblées lors des violences xénophobes.
Mise en garde contre la xénophobie et le vigilantisme
Cyril Ramaphosa a fermement mis en garde contre toute tentative de « faire justice soi-même ». Il a souligné que seuls les agents des pouvoirs publics habilités étaient autorisés à agir contre les violations de la loi, y compris celles liées à l'immigration. « Nul n'est autorisé, par exemple, à interpeller une personne dans la rue pour exiger une preuve de nationalité », a-t-il déclaré. Le président a également averti que les autorités ne permettraient pas à des groupes d'utiliser les préoccupations légitimes pour « déstabiliser » le pays en incitant à la violence. Il a dénoncé « les forces qui exploitent les inquiétudes de notre peuple concernant l'immigration illégale pour servir leurs propres objectifs politiques, personnels ou criminels ». Il a exhorté les Sud-Africains à ne pas céder à la xénophobie, au racisme, au sexisme ou à l'afrophobie, rappelant que le pays, « comme beaucoup d'autres au cours de l'histoire, est le produit de la migration ». Le président a précisé que des émissaires seraient envoyés dans les autres pays africains pour présenter ces nouvelles mesures, et que la paix et la croissance économique sur le continent étaient un facteur important de la stabilité régionale.
Quelques analystes estiment que cette recrudescence du sentiment anti-migrants pourrait être liée aux élections locales prévues en novembre. Le président a conclu son allocution de 30 minutes en exprimant sa confiance dans la capacité du pays à surmonter ce défi, comme il en a surmonté de plus grands par le passé.
Chiffres clés
Selon les données officielles, l'Afrique du Sud compte plus de trois millions d'étrangers, soit environ 5 % de la population. Ce chiffre n'inclut pas les personnes sans papiers dont le nombre est estimé bien plus élevé. Le président a indiqué qu'au cours de la seule année écoulée, les autorités de gestion des frontières ont intercepté et empêché plus de 450 000 personnes de tenter d'entrer illégalement dans le pays. Le taux de chômage en Afrique du Sud est l'un des plus élevés au monde, avoisinant les 33 %, touchant principalement les jeunes.