Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a annoncé un ensemble de mesures destinées à renforcer la lutte contre l'immigration illégale et irrégulière, alors que le pays est secoué par une vague de protestations anti-étrangers, notamment à Johannesburg et Durban.

Selon les données de Stats SA, l'agence nationale de statistiques, environ 3,3 millions d'immigrés vivent en Afrique du Sud, soit 5,1 % d'une population totale de 65 millions d'habitants. D'autres estimations, incluant les sans-papiers, font état de chiffres nettement plus élevés.

Un plan en plusieurs axes

Le chef de l'État a promis que son gouvernement ne tolérerait aucune infraction à la législation sur l'immigration. Il s'est engagé à renforcer la sécurité aux frontières, à éradiquer la corruption au sein du système migratoire, à combler les lacunes juridiques et à coopérer avec d'autres pays africains pour relever le défi migratoire. Il a également mis en garde contre tout acte de vigilance.

Des origines migratoires variées

La majorité des migrants présents en Afrique du Sud sont originaires des États membres de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC). Conformément aux règles de cette organisation, les ressortissants de ces pays peuvent séjourner sans visa pendant 90 jours au maximum. Le non-respect de cette limite de séjour est l'un des principaux motifs des récentes manifestations.

Fredson Guilengue, chef de projet à la Fondation Rosa-Luxemburg à Johannesburg, a expliqué que « dans les années 1990, les gens fuyaient les guerres, notamment la guerre civile au Mozambique, et arrivaient en Afrique du Sud. Plus tard, en raison de la situation au Zimbabwe, un nombre important de Zimbabwéens sont venus. Et depuis une dizaine d'années, on voit des personnes fuyant les conflits en République démocratique du Congo, ainsi que des migrants économiques. »

Une tendance à l'installation

Ongama Mtimka, directeur par intérim du Raymond Mhlaba Centre for Governance and Leadership à l'Université Nelson Mandela, a noté une évolution des schémas migratoires : « La tendance depuis 15 ans est à la migration d'installation en Afrique du Sud. » De nombreux migrants s'établissent durablement, fondent des familles et deviennent un élément permanent du paysage démographique.

Les données récentes de Stats SA indiquent que la plupart des migrants s'installent dans la province du Gauteng, suivie du Cap-Occidental, c'est-à-dire là où se trouvent les opportunités économiques. Cette concentration alimente les tensions dans les zones urbaines.

Un contexte de mécontentement

Les manifestations anti-étrangers ont pris de l'ampleur, en particulier dans les deux plus grandes villes du pays. Des incidents récents ont conduit au rapatriement d'un groupe de ressortissants ghanéens, parmi lesquels figurait Fifi, un footballeur ghanéen de 21 ans. Ce dernier, qui joue pour le club namibien de Bucks Buccaneers, était en vacances en Afrique du Sud lorsque les troubles ont éclaté.

Des doutes sur l'efficacité du plan

Bien que les annonces présidentielles visent à répondre aux préoccupations des manifestants, plusieurs observateurs et acteurs de la société civile restent sceptiques. Les militants anti-migrants ne sont pas convaincus que les mesures suffiront à endiguer le flux migratoire, tandis que des experts soulignent la nécessité de s'attaquer aux causes profondes de l'immigration, notamment les conflits et les difficultés économiques dans les pays voisins.

Le secteur minier et l'économie industrielle sud-africains dépendent depuis des décennies de la main-d'œuvre migrante, ce qui a créé des routes migratoires bien établies à travers la région. Toute tentative de restriction brutale pourrait avoir des conséquences économiques non négligeables.

La coopération régionale en question

Le président Ramaphosa a appelé à une collaboration renforcée avec les autres pays africains pour gérer les flux migratoires. Cependant, la mise en œuvre concrète de cette coopération reste à définir, et l'équilibre entre contrôle aux frontières et respect des engagements régionaux (comme la libre circulation au sein de la SADC) demeure un défi politique majeur.