Le dépouillement des bulletins de vote lors de la primaire municipale de Los Angeles, le 2 juin dernier, n'est toujours pas achevé plus d'une semaine après le scrutin. Cette lenteur, récurrente dans l'État de Californie, a cette fois-ci attisé les accusations de manipulation, bien que les évolutions observées soient statistiquement banales.
Le 2 juin, à la fermeture des bureaux de vote, Spencer Pratt, candidat républicain et ancienne star de téléréalité, occupait la deuxième place, qualificative pour le second tour de novembre. Cependant, au fil du dépouillement des bulletins de vote par correspondance — environ 225 000 plis comptabilisés sur cinq jours —, la candidate démocrate progressiste Nithya Raman a pris l'avantage pour la deuxième place. Ce renversement, qui peut sembler suspect pour les non-initiés, est en réalité un phénomène régulier, mais il s'est déroulé ici au ralenti, étalé sur plusieurs jours, là où d'autres courses se résolvent en quelques heures.
Un mécanisme propice aux théories du complot
Cette lenteur du décompte a immédiatement été dénoncée par les partisans de Spencer Pratt, mais aussi par le président Donald Trump et le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson. Ils ont crié à la fraude, affirmant que le résultat final — environ 25 % des voix pour M. Pratt, un score comparable à celui de M. Trump en 2024 à Los Angeles — était statistiquement impossible. De fait, les marchés de prédiction avaient initialement donné M. Pratt gagnant. Mais ce schéma de renversement progressif est classique : il reflète la différence de comportement électoral entre le vote le jour du scrutin (dominé par les électeurs républicains) et le vote par correspondance (favorisé par les démocrates). En Pennsylvanie, lors des présidentielles de 2020 et 2024, des renversements similaires ont eu lieu, mais ils se sont produits en quelques heures, n'offrant pas le même terreau aux accusations.
La Californie, du fait de sa législation favorisant le vote par correspondance massif et de la complexité de son système de traitement des bulletins, cumule un retard chronique. Les résultats finaux peuvent prendre des semaines, ce qui transforme chaque variation statistique en potentiel motif de suspicion. Les données de l'Institut de technologie du Massachusetts (MIT) montrent que le taux de vote par correspondance est structurellement plus élevé chez les démocrates que chez les républicains, expliquant pourquoi les candidats démocrates progressent souvent dans les jours suivant le scrutin.
Conséquences politiques et institutionnelles
Au-delà de la primaire de Los Angeles, cette situation alimente un débat national sur la fiabilité du processus électoral. Les allégations de fraude, bien que non étayées par des preuves concrètes, fragilisent la confiance dans le système. Plusieurs républicains, dont le président Trump, ont appelé à une réforme du mode de dépouillement en Californie, tandis que les autorités électorales de l'État défendent la transparence et la sécurité de leurs procédures.
Le cas californien illustre comment la lenteur du décompte, même lorsqu'elle est due à des causes administratives et logistiques, peut être instrumentalisée politiquement. À l'approche des élections de mi-mandat de 2026, cette question risque de devenir un enjeu central, tant pour les Républicains que pour les Démocrates, chacun y voyant une menace ou une preuve de dysfonctionnement.
Des solutions en débat
Plusieurs propositions émergent pour accélérer le dépouillement en Californie : permettre le traitement des bulletins de vote par correspondance avant le jour du scrutin, comme le font déjà certains États, ou encore allonger les délais de réception. Mais ces mesures se heurtent à des obstacles juridiques et politiques, en particulier de la part des Républicains qui craignent qu'elles ne favorisent les votes démocrates. En attendant, le décompte se poursuit à Los Angeles, et les résultats définitifs pourraient encore prendre plusieurs jours, laissant le champ libre aux interprétations partisanes.