Une semaine après la tenue de la primaire en Californie, les électeurs ont enfin appris, le 9 juin au soir, quels candidats s'affronteront pour le poste de gouverneur. Xavier Becerra, ancien secrétaire à la Santé de l'administration Biden et procureur général de Californie, est arrivé en tête. Il sera opposé en novembre à Steve Hilton, un conservateur soutenu par Donald Trump, qui a devancé de justesse le milliardaire progressiste Tom Steyer pour la deuxième place. Ce délai d'une semaine pour connaître les deux finalistes illustre la lenteur chronique du décompte des voix dans l'État le plus peuplé des États-Unis.

Un système sous tension

La Californie pratique le vote par correspondance à grande échelle. Chaque bulletin nécessite une série de vérifications manuelles : contrôle de la signature, ouverture de l'enveloppe, inspection du bulletin. À cela s'ajoute la règle qui autorise le dépouillement des bulletins postés le jour du scrutin, même s'ils arrivent jusqu'à sept jours après. Cette année, un afflux massif de bulletins déposés ou postés le dernier jour a submergé les bureaux électoraux. « Cela crée ce que nous appelons l'effet “serpent qui avale un cochon” », explique Kim Alexander, présidente de l'organisation non partisane California Voter Foundation, en référence au goulot d'étranglement provoqué par l'arrivée soudaine de millions d'enveloppes.

Les comtés, qui gèrent eux-mêmes leurs opérations électorales, disposent de ressources très inégales. Cinq des cinquante-huit comtés seulement avaient prévu de publier des mises à jour des résultats le week-end suivant le scrutin. Les grands comtés comme Los Angeles et Orange ont investi dans des équipements et du personnel et parviennent à compter plus de 90 % des bulletins en une semaine. D'autres mettent trois à quatre semaines. Jesse Salinas, responsable électoral du comté de Yolo, indique que son service « est à pleine capacité » et qu'il manque d'espace et de moyens. « Si j'avais plus de place, plus d'équipement et plus de personnel — c'est un problème de ressources — cela pourrait aller plus vite », confie-t-il.

Un contraste avec d'autres États

D'autres États pratiquant massivement le vote par correspondance, comme le Colorado, l'Arizona ou Washington, parviennent à des résultats beaucoup plus rapides. Stephen Richer, ancien responsable électoral du comté de Maricopa (Arizona), explique que son bureau comptait 82 % des voix dès le soir de l'élection et visait 95 % dans les 72 heures. Pour lui, le problème californien est autant un manque de volonté politique qu'un manque de moyens. « On voyait ce train foncer sur nous depuis un moment, et le gouverneur et la législature de l'État n'ont rien fait », estime-t-il.

Le gouverneur Gavin Newsom a lui-même reconnu que la lenteur du décompte nuit à l'image de l'État et alimente les critiques. En mai, il avait adressé une lettre aux responsables électoraux pour les exhorter à accélérer, expliquant que « plus le décompte dure, plus la désinformation se répand ». Mais son appel n'a pas eu d'effet visible. La secrétaire d'État Shirley Weber, responsable des élections en Californie, a réaffirmé sa priorité : « L'exactitude prime sur la vitesse. Prendre le temps de faire ce travail correctement protège les droits des électeurs et garantit l'intégrité de nos élections. »

Des accusations sans fondement et une pression accrue

Le président Donald Trump a multiplié les accusations de fraude, allant jusqu'à qualifier la primaire californienne de « truquée ». Le week-end dernier, il a écourté une interview sur NBC après avoir été interrogé sur ce sujet. Pour la première fois, des responsables républicains de premier plan, dont le président de la Chambre des représentants Mike Johnson, relaient ces doutes. Dans le même temps, le bureau du procureur fédéral pour le district central de Californie a envoyé un observateur dans les locaux de dépouillement du comté de Los Angeles. Dean Logan, responsable électoral du comté, précise que les questions posées par cet agent « provenaient de théories diffusées sur les réseaux sociaux ». Le parquet fédéral n'a pas commenté cette mission.

Certains démocrates s'impatientent également. Tré Easton, vice-président du Searchlight Institute, un think tank centriste, estime que « cela devrait être une honte pour les démocrates californiens » de ne pas avoir amélioré le système. « Il est absurde que les démocrates au niveau national se soient simplement habitués à ce genre de situation », ajoute-t-il.

Des enjeux nationaux

Si le retard du dépouillement est un problème récurrent en Californie, il prend une dimension nouvelle dans un contexte de défiance électorale généralisée. Les courses à la Chambre des représentants, dont plusieurs sièges californiens seront décisifs pour la majorité, pourraient ne pas être connues avant plusieurs semaines. En 2022 et 2024, la nation a dû attendre plus d'une semaine pour savoir quel parti contrôlerait la Chambre, en raison des bulletins californiens encore non dépouillés. Les démocrates craignent que les attaques actuelles de Trump ne visent à préparer le terrain pour contester les résultats de novembre. Pour l'instant, la Californie continue de compter ses bulletins à son rythme, au grand dam des observateurs et des candidats.