Des comptes dans le rouge

Les finances de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, qui regroupe 92 communes, se trouvent dans une situation critique. La chambre régionale des comptes (CRC) a rendu un rapport accablant, préconisant un plan d’économies de 144 millions d’euros sur l’exercice en cours. Cette somme, qui représente une part significative du budget de fonctionnement de la collectivité, est jugée indispensable pour enrayer la dégradation des comptes et éviter un défaut de paiement.

L’institution régionale a également recommandé une hausse des impôts locaux, une mesure impopulaire mais que les magistrats financiers estiment nécessaire pour équilibrer le budget. La métropole, créée il y a dix ans, cumule aujourd’hui une dette de plus de 2,3 milliards d’euros, un chiffre en constante augmentation qui obère sa capacité à investir dans les services publics et les infrastructures.

Un blocage politique

La situation budgétaire s’est aggravée en début d’année, lorsque les élus, toutes tendances confondues, ont refusé collectivement de voter le budget primitif. Ce blocage inédit a entraîné l’intervention du préfet de région, qui doit désormais trancher sur les mesures à imposer. La collectivité fonctionne depuis lors sur la base du budget de l’année précédente, une situation qui ne peut perdurer sans conséquences.

Le président de la métropole, Martine Vassal, a reconnu la gravité de la situation, déclarant : « Au bout de dix ans, on est à la croisée des chemins ». Elle a indiqué que des discussions sont en cours avec les services de l’État pour tenter de trouver une issue sans recourir à des hausses d’impôts massives. De son côté, l’opposition dénonce une gestion « hasardeuse » et réclame des coupes claires dans les dépenses de fonctionnement.

Les préconisations de la CRC

Le rapport de la CRC, daté du 11 juin, détaille les leviers d’économies possibles. Il pointe notamment la nécessité de réduire les effectifs, de mutualiser les services entre la métropole et les communes membres, et de rationaliser les achats. Les dépenses de personnel, qui représentent près de 40 % du budget de fonctionnement, sont particulièrement ciblées. L’instance suggère aussi de revoir les subventions aux associations et de limiter les dépenses de communication et de représentation.

En parallèle, les élus doivent choisir entre une augmentation de la taxe foncière ou de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires. La chambre estime que même un effort fiscal de 5 % ne suffirait pas à combler le déficit sans les économies proposées. Le préfet dispose désormais d’un délai réglementaire pour examiner ces propositions et arrêter un budget d’office.

L’ombre de la tutelle

Si la métropole ne parvient pas à présenter un budget équilibré, elle encourt la mise sous tutelle de l’État. Ce scénario, redouté par les élus locaux, priverait la collectivité de toute autonomie de décision financière. La situation d’Aix-Marseille n’est pas isolée : plusieurs grandes métropoles françaises rencontrent des difficultés budgétaires, mais l’ampleur du déficit local est exceptionnelle.

Les usagers pourraient pâtir de la situation. Des projets d’investissement, comme la modernisation du réseau de transports en commun ou la rénovation des écoles, sont déjà compromis. Les associations subventionnées, notamment dans les domaines culturel et social, craignent des coupes sombres. Les agents métropolitains, eux, redoutent un gel des salaires ou des suppressions de postes.

Quelles solutions ?

Plusieurs pistes sont évoquées pour sortir de l’ornière. La plus réaliste, selon les spécialistes, serait un plan d’économies pluriannuel associé à une hausse modérée de la fiscalité. Mais l’équation politique est délicate dans une métropole marquée par de fortes tensions entre les communes et une majorité fragile.

L’opposition de gauche exige une « transparence totale » sur les comptes et la mise en place d’une commission d’enquête. La droite, qui dirige la métropole, mise sur la négociation avec l’État pour obtenir des aides exceptionnelles et un étalement de la dette. Les prochaines semaines seront décisives : le préfet devrait rendre son arbitrage avant la fin du mois de juin.

En attendant, la métropole d’Aix-Marseille-Provence, qui pèse lourd dans l’économie régionale, est attendue au tournant. Le défaut de paiement reste une hypothèse, mais la menace d’une intervention directe de l’État se précise.