Le phénomène du démarchage téléphonique abusif connaît une escalade sans précédent en France. En l’espace de deux ans, le nombre de ces sollicitations non sollicitées a été multiplié par quatre, un bond que les autorités attribuent largement à l’essor des technologies d’intelligence artificielle (IA). Les signalements auprès des organismes de régulation atteignent des niveaux records, et la majorité des Français déclarent être contactés plusieurs fois par jour.

Selon les données communiquées par la direction générale de la concurrence et de la fraude, près de neuf citoyens sur dix ont été confrontés à des appels malveillants. En 2025, plus de 70 000 alertes ont été enregistrées par les plateformes dédiées, un chiffre jamais atteint auparavant. L’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) avait déjà signalé, en février, que l’année précédente avait été la plus intense en matière d’appels indésirables.

L’IA au service des fraudeurs

L’intelligence artificielle joue un rôle moteur dans cette recrudescence. Les escrocs utilisent désormais des systèmes automatisés pour passer des appels en masse. Ces robots, capables de générer des messages vocaux réalistes, servent d’abord à « faire mordre les gens à l’hameçon », selon un journaliste spécialisé. Une fois la victime intéressée, un opérateur humain rappelle pour finaliser l’arnaque. Ce procédé démultiplie la capacité à lancer des campagnes frauduleuses.

L’IA permet aussi de copier une voix humaine de manière convaincante et d’usurper des numéros de téléphone, rendant la tromperie encore plus difficile à déceler. « Ce sont des appels qui sont formulés par l’IA ; dès qu’on décroche, on a droit à une réponse automatique », témoigne une personne interrogée. « Avec l’IA, on reconnaît un petit peu et moi je raccroche », ajoute-t-elle.

Des dispositifs inefficaces face à la vague

Des outils comme Bloctel, la liste d’opposition au démarchage, ont été mis en place pour endiguer le phénomène. Mais leur efficacité est largement contournée par les fraudeurs. « C’est au moins deux par jour », confie un homme. « Moi, c’est tous les jours, au moins trois ou quatre par jour », renchérit une autre passante. Le sentiment d’impuissance est généralisé.

Comment se protéger ?

Face à cette offensive, les experts recommandent une vigilance accrue. La première règle est de ne jamais décrocher lorsqu’un numéro inconnu ou masqué s’affiche. Si l’appel est légitime, le correspondant laissera un message sur le répondeur, ce que ne font pas les robots de démarchage. En cas de réponse, il est impératif de ne donner aucune information personnelle, bancaire ou de code d’accès. Toute demande d’action immédiate (paiement, confirmation de données) doit être considérée comme suspecte.

Les autorités conseillent également de signaler tout appel abusif via Bloctel ou les plateformes de l’Arcep, afin d’alimenter les bases de données et de permettre des actions de contrôle. En attendant, le seul remède sûr reste de raccrocher immédiatement.