Le Doubs vit une sécheresse d’une précocité et d’une intensité rares, poussant la préfecture à relever le niveau d’alerte au plus haut. Placé en alerte sécheresse le 19 juin, le département a basculé en situation de crise le 7 juillet. Cette décision administrative reflète une réalité concrète : les sols sont asséchés, les cours d’eau disparaissent et les récoltes s’effondrent.

Dans la petite commune d’Abbans-Dessous, Christophe B., agriculteur de 51 ans, a vu ses semis de maïs et de blé anéantis. « Le maïs n’a même pas levé, le blé est brûlé sur pied », confie-t-il, constatant des pertes qu’il estime déjà lourdes pour son exploitation. À Byans-sur-Doubs, son homologue Christophe G. dresse le même constat : les cultures céréalières souffrent d’un manque d’eau chronique depuis le printemps, compromettant la saison.

La sécheresse ne se limite pas aux champs. Onze communes du département sont confrontées à des difficultés d’approvisionnement en eau potable. Dans le village de Fournet-Blancheroche, Maxime M., un habitant de 43 ans, décrit une situation inédite : « Les sols sont secs comme en plein été, mais nous ne sommes qu’au début du mois de juillet. On n’a jamais vu ça ici. » Le maire de Fournet-Blancheroche, Michel V., ne cache pas son inquiétude : « Le réchauffement climatique, on nous en parle depuis des années. Cette fois, on y est. » L’élu pointe du doigt l’assèchement de la rivière Dessoubre, qui traverse la localité et dont le lit est aujourd’hui presque à sec. Un résident âgé de 73 ans, qui a passé toute sa vie dans le secteur, affirme n’avoir jamais observé un tel phénomène.

Ces témoignages illustrent un épisode de sécheresse que les autorités et les experts relient au changement climatique en cours. Si des épisodes secs ont toujours existé, la précocité du déficit hydrique et son ampleur sont désormais perçues comme des signes d’une évolution durable. Les restrictions d’eau imposées par la préfecture visent à préserver les ressources encore disponibles, mais les agriculteurs redoutent déjà les conséquences économiques de cette saison. Pour Christophe B., le doute n’est plus permis : « La météo devient imprévisible. On s’adapte comme on peut, mais sans eau, il n’y a pas de culture possible. »