Alors que la France connaît sa troisième vague de chaleur de l'été, le gouvernement a mis en œuvre une mesure sans précédent : le plan Orsec « chaleurs extrêmes ». Annoncé vendredi 10 juillet par la porte-parole de l'exécutif, Maud Bregeon, ce dispositif est déployé dans l'ensemble des départements placés en vigilance rouge canicule. Neuf territoires sont concernés dès le premier jour – l'Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, la Mayenne, le Morbihan, la Sarthe, les Deux-Sèvres, la Vendée et la Vienne –, et vingt-quatre supplémentaires devraient basculer en rouge le lendemain.
Un dispositif de sécurité civile inédit
Ce plan, qui n'avait jamais été activé par le passé, s'appuie sur le mécanisme d'Organisation de la Réponse de Sécurité Civile (Orsec). Il permet de mobiliser et de coordonner, sous l'autorité unique du préfet, l'ensemble des acteurs de la sécurité civile au-delà des réponses courantes. Concrètement, des centres de rafraîchissement sont ouverts pour mettre à l'abri les personnes les plus vulnérables. Selon Maud Bregeon, l'objectif est de « tenir compte du retour d'expérience des dernières vagues » : les études montrent que les personnes âgées, isolées et souvent citadines subissent une surmortalité plus marquée. Les municipalités disposent d'un fichier des personnes fragiles – incluant également les sans-abri et les malades – et les contactent directement ou les invitent à se signaler.
Gemenne : « L'adaptation n'est pas un renoncement »
Dans le même temps, François Gemenne, membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), a pris la parole pour reconnaître le retard de la France en matière d'adaptation au réchauffement. Il a estimé que les mesures mises en œuvre ces dernières années étaient insuffisantes face à la trajectoire de +4 °C envisagée pour le pays. Cependant, il a tenu à dissiper une confusion fréquente : « l'adaptation au réchauffement climatique n'est pas un renoncement par rapport à la décarbonation ». Selon lui, les deux stratégies sont complémentaires et doivent être menées de front, sans opposer la protection des populations face aux chaleurs extrêmes à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce mea culpa intervient alors que le débat public oscille entre solutions techniques – comme la climatisation généralisée – et mesures structurelles de long terme.
Un contexte de canicule persistante
L'épisode caniculaire, qui devrait durer au moins jusqu'au mercredi suivant, touche une large partie du territoire. Les températures élevées ont déjà conduit à des appels de scientifiques réclamant une « loi d'urgence climatique », et à des propositions politiques contrastées, allant d'un plan de climatisation des lieux publics à l'instauration de congés climatiques. Le déclenchement du plan Orsec constitue la réponse la plus visible de l'exécutif face à l'aggravation des événements extrêmes, mais son efficacité dépendra de la capacité des préfectures et des mairies à identifier et atteindre les publics les plus exposés.
Les limites de la gestion d'urgence
Si le plan Orsec « chaleurs extrêmes » est salué comme une avancée opérationnelle, des voix s'élèvent pour pointer le caractère réactif plutôt que préventif de la démarche. François Gemenne lui-même a souligné que l'adaptation ne doit pas se limiter à des mesures d'urgence, mais nécessite une transformation profonde des infrastructures, du logement et de l'aménagement du territoire. Pour l'heure, les autorités espèrent que ce dispositif inédit permettra de limiter la surmortalité lors de ce nouvel épisode de chaleur intense.