La polémique autour du plus grand data center d'Europe, projeté à Fouju, en Seine-et-Marne, s'enrichit d'un nouvel argument. Les infrastructures de cette nature, bien que représentant des investissements records – 67 milliards d'euros pour la seule année 2025, soit 42 % des investissements totaux en France –, ne créent qu'une poignée d'emplois directs, selon des données issues de la filière. Ce constat ravive les craintes des riverains et des élus locaux, qui dénoncent un bilan social décevant pour des projets qui bouleversent le paysage et consomment d'importantes ressources énergétiques et en eau.
Des emplois très limités face aux promesses
À titre d'exemple, le Paris Digital Park, situé à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), actuellement le plus grand centre de données en activité en France, n'emploie qu'une petite centaine de salariés pour une surface de quatre hectares. De même, le futur Data Hills, qui sortira de terre en 2027 sur le site de l'ancienne usine Citroën à Aulnay-sous-Bois, ne prévoit qu'une centaine de postes, principalement des techniciens d'exploitation et des agents de sûreté. Cela contraste fortement avec les 8 000 salariés que comptait l'usine automobile dans les années 1970, même si l'opérateur ne reprend que 12 des 168 hectares de l'ancien complexe industriel.
Antoine Lesserteur, chargé des relations institutionnelles pour France Datacenter, la fédération de la filière, relativise cette comparaison : « Aujourd'hui, même les usines de voitures emploient beaucoup moins de monde que par le passé. » Il n'empêche que la question de l'emploi revient systématiquement lors de chaque projet d'implantation, d'autant plus que le chômage en France vient de repasser au-dessus de la barre des 8 % en mai 2026.
Un débat qui s'étend du local au national
Le projet de Fouju, porté par un opérateur non précisé, devrait accueillir le plus grand data center d'Europe. Les opposants, élus et associations environnementales, pointent du doigt non seulement le faible nombre d'emplois promis, mais aussi l'impact écologique : ces installations sont extrêmement gourmandes en électricité (pour faire fonctionner les serveurs et les systèmes de refroidissement) et en eau. Des inquiétudes similaires s'expriment aux États-Unis, où des habitants se mobilisent contre des projets de centres de données, comme récemment dans le Montana.
Certains experts alertent également sur la vulnérabilité de ces projets : un quart des data centers en France seraient déjà menacés par des contraintes énergétiques ou réglementaires, selon une étude récente. « Si nous nous trompons, l'erreur sera très coûteuse », prévient un spécialiste. De nouvelles approches, comme celle de la start-up DataGreen, qui supprime totalement la climatisation des data centers pour les rendre plus sobres, tentent d'apporter des solutions, mais restent marginales.
Un rapport de la filière pour tenter de rassurer
Face aux critiques, France Datacenter et d'autres acteurs du secteur multiplient les communications pour souligner les retombées indirectes : emplois dans la construction, sous-traitance, maintenance, et surtout l'effet d'entraînement pour l'économie numérique et l'intelligence artificielle. L'enjeu est d'autant plus crucial que la France ambitionne de devenir un hub européen du cloud et des données.
Cependant, pour les habitants de Fouju et des communes environnantes, ces arguments peinent à convaincre. Le collectif citoyen « Non au data center géant » dénonce un projet « démesuré, qui va défigurer le paysage et pomper les ressources locales sans bénéfice réel pour la population ». La bataille est désormais portée devant les tribunaux administratifs, tandis que le gouvernement tente d'arbitrer entre attractivité économique et transition écologique.
Conclusion
Alors que la France connaît une ruée sans précédent d'investissements dans les data centers – 67 milliards d'euros en 2025 –, le modèle économique et social de ces infrastructures est remis en question. Le projet de Fouju cristallise les tensions : promesses technologiques et financières d'un côté, faibles retombées en emplois et lourdes contraintes environnementales de l'autre. Le débat, loin d'être clos, pourrait bien redéfinir la politique d'aménagement numérique du territoire.