Au cœur de la plaine briarde, le village de Fouju (650 habitants) s'apprête à accueillir un complexe de data centers d'une ampleur inédite en Europe. Baptisé Campus IA, le projet porté par des opérateurs privés prévoit de bétonner 90 hectares de terres agricoles pour y installer une cinquantaine de bâtiments dédiés au calcul intensif et au stockage de données. L'investissement annoncé atteint 50 milliards d'euros, ce qui en ferait, une fois achevé, le plus grand ensemble de centres de données du continent.
Des besoins énergétiques colossaux
L'infrastructure consommera autant d'électricité qu'environ 200 000 ménages, selon les estimations communiquées par les porteurs du projet. Pour pallier les fluctuations du réseau et garantir une alimentation continue, le site prévoit le stockage de 31 000 tonnes de fioul destiné à des groupes électrogènes de secours. Cette capacité de réserve, jugée disproportionnée par des opposants, soulève des craintes quant aux risques de pollution des sols et de l'air. Par ailleurs, la présence annoncée de substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), surnommées « polluants éternels », dans les équipements de refroidissement ou de protection incendie alimente les protestations.
Une contestation qui s'organise
Plusieurs habitants et associations environnementales dénoncent un projet « démesuré » imposé sans concertation suffisante. « Nous ne sommes pas opposés par principe au développement numérique, mais nous ne voulons pas d'un monstre comme celui-là », rapporte un riverain. Le collectif local « Fouju veille » multiplie les actions de sensibilisation et a engagé des recours juridiques pour tenter de stopper ou de réduire l'emprise du campus. Des comparaisons sont faites avec d'autres grands projets contestés en France, comme les mégabassines de Sainte-Soline, où l'opposition avait donné lieu à des affrontements.
Entre promesses économiques et risques écologiques
Les promoteurs mettent en avant la création de plusieurs milliers d'emplois directs et indirects, ainsi que des retombées fiscales pour la commune et le département. Ils insistent sur le caractère stratégique de l'infrastructure dans la course à l'intelligence artificielle et à la souveraineté numérique européenne. Toutefois, les détracteurs remarquent que les data centers sont peu pourvoyeurs d'emplois par hectare et qu'ils mobilisent des ressources en eau et en énergie considérables. Dans un contexte de transition écologique, la perspective d'un site fonctionnant partiellement au fioul et utilisant des PFAS heurte les engagements climatiques affichés par l'État.
Un test pour la démocratie locale
Le préfet de Seine-et-Marne a accordé les autorisations nécessaires après plusieurs mois d'instruction, estimant que le projet répond à un besoin d'intérêt général. Les opposants, eux, regrettent un passage en force et réclament un référendum local. La maire de Fouju, qui s'est prononcée en faveur du campus, argue que la commune ne peut pas renoncer à une telle opportunité de développement. Le chantier, dont les premiers terrassements doivent débuter dans les semaines à venir, s'annonce comme un épisode clé du débat sur l'arbitrage entre modernité technologique et protection de l'environnement en zone rurale.