La question de la prescription des crimes sexuels refait surface avec une vigueur nouvelle. Deux personnes, qui affirment avoir été victimes d’agressions sexuelles, ont élevé la voix pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une injustice légale. Thysia Huisman, qui accuse Jean-Luc Brunel, l’ancien agent de mannequins retrouvé mort dans sa cellule en 2022, a exprimé sa colère face à l’impossibilité d’obtenir justice. « Quand j’ai enfin parlé, la loi française m’a dit que j’étais trop en retard », a-t-elle déclaré, reprenant un constat amer partagé par d’autres. Son témoignage intervient alors que de nombreuses voix s’élèvent pour demander un allongement, voire la suppression, des délais de prescription pour les crimes sexuels.

Emmanuel Dancourt, journaliste, a lui aussi pris la parole pour dénoncer les faits qu’il impute à Patrick Poivre d’Arvor, figure emblématique du journalisme télévisé. Dans son intervention, il a appelé la France « à faire, enfin, son Me Too », estimant que le pays reste en retard par rapport à d’autres nations dans la prise en compte de la parole des victimes et la répression des agresseurs. Les deux affaires illustrent un paradoxe juridique : si des faits anciens ne peuvent plus être jugés en raison de la prescription, les victimes estiment que ce mécanisme les prive d’un droit fondamental à la reconnaissance.

Des faits anciens, une impunité persistante

Thysia Huisman affirme avoir été victime de Jean-Luc Brunel à une époque où elle était mannequin. L’ancien agent, lié à l’affaire Epstein, s’est suicidé en prison alors qu’il était mis en examen pour viols et agressions sexuelles. La prescription des faits qu’elle dénonce l’empêche de porter plainte, un constat qui suscite une vive émotion. « Le viol n’expire pas », a-t-elle martelé, en écho au slogan utilisé par de nombreuses militantes. Ce cri d’alarme rejoint celui d’Emmanuel Dancourt, qui explique avoir été abusé par Patrick Poivre d’Arvor alors qu’il était adolescent ou jeune adulte. L’affaire Poivre d’Arvor a déjà fait l’objet de plusieurs signalements, mais certains sont prescrits.

Un appel à une réforme législative

Les deux témoignages s’inscrivent dans un mouvement plus large visant à modifier la législation française. Actuellement, la prescription pour les viols est de vingt ans à compter de la majorité de la victime, mais les faits très anciens restent souvent impunis. Plusieurs propositions de loi ont été déposées dans le passé, sans aboutir à une réforme pérenne. Les victimes dénoncent un parcours judiciaire semé d’embûches, où le temps joue contre elles. « J’ai attendu des années pour pouvoir parler, et quand je l’ai fait, le droit m’a fermé la porte », a résumé Thysia Huisman. Emmanuel Dancourt, de son côté, a insisté sur la nécessité d’une prise de conscience collective, à l’image des mouvements #MeToo qui ont émergé dans d’autres pays.

Un débat qui s’intensifie

La question de la prescription des crimes sexuels fait débat depuis plusieurs années en France. Des associations de victimes réclament un allongement significatif des délais, voire leur suppression pour les infractions les plus graves. Les récents témoignages de Thysia Huisman et d’Emmanuel Dancourt relancent la pression sur les pouvoirs publics. Alors que le gouvernement avait promis d’examiner le sujet, aucune mesure définitive n’a encore été adoptée. Les deux plaignants espèrent que leur parole contribuera à faire bouger les lignes, afin que d’autres victimes ne se heurtent pas au même mur juridique.