Le président américain multiplie les chantiers dans la capitale fédérale, allant de la rénovation d'un terrain de golf municipal à l'extension de la Maison-Blanche, en passant par un projet d'arc de triomphe. Pour certains observateurs, ces initiatives témoignent d'une conception de l'État où la production d'images personnelles l'emporte sur les besoins des citoyens.
Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a lancé une série de projets architecturaux et d'aménagement à Washington. Le plus récent concerne l'East Potomac Golf Links, un parcours municipal historique ouvert en 1923, situé à proximité du Jefferson Memorial, du Washington Monument et du cimetière d'Arlington. Le président a promis d'entamer les travaux de rénovation le 1er septembre 2026, qualifiant le site de « virtuellement inutilisable », « dépassé » et « dangereux » pour les golfeurs. Il a assuré qu'il deviendrait « l'un des plus beaux golfs au monde ». Cependant, des habitués redoutent que ce projet ne rende le parcours moins accessible au grand public.
Ce golf n'est qu'un élément d'un programme plus vaste. Donald Trump souhaite ériger un arc de triomphe dans la capitale, inspiré de celui de Paris, et a déjà entrepris une rénovation controversée du bassin réfléchissant au pied du Lincoln Memorial. Il a tenté de renommer le Kennedy Center en « Trump Kennedy Center », initiative bloquée par la justice, et envisage d'ajouter une salle de bal à l'aile est de la Maison-Blanche. Un autre projet concerne le parc Lafayette, à l'entrée de la résidence présidentielle, où 47 nouveaux arbres doivent être plantés, en référence à son numéro de président.
Pour Peter Finn, politologue spécialiste des pouvoirs présidentiels à l'Université de Greenwich, l'ampleur et la rapidité de ces changements sont inédites : « Donald Trump envisage un nombre important de changements dans la capitale fédérale et à un rythme très soutenu. »
Au-delà des aspects esthétiques, ces initiatives suscitent un débat plus large sur la conception de l'État sous cette administration. Une analyse critique récente soutient que l'État n'est plus perçu comme un instrument au service des citoyens, mais comme une machine à produire des images dignes des magazines people. Les projets de rénovation et de construction seraient avant tout pensés pour renforcer l'image personnelle du président, au détriment des besoins des administrés.
Ce point de vue s'appuie sur plusieurs exemples : la privatisation de facto d'un espace public comme le golf municipal, la dimension narcissique des arbres du parc Lafayette, ou encore la tentative d'apposer le nom Trump sur une institution culturelle. Pour les critiques, ces actions traduisent une confusion entre l'intérêt général et l'image individuelle du dirigeant.
Les autorités locales et certaines associations de défense du patrimoine ont exprimé leurs réserves, mais le président dispose de pouvoirs étendus sur les installations fédérales à Washington. La capitale américaine, conçue à l'origine comme un symbole de la République, pourrait ainsi voir son visage profondément transformé.
Reste à savoir si ces projets aboutiront tous, plusieurs étant encore à l'état de vœux ou entravés par des obstacles juridiques. Mais la tendance est claire : sous l'impulsion de Donald Trump, Washington devient le théâtre d'une mise en scène architecturale sans précédent, où l'image présidentielle semble primer sur les considérations pratiques et sociales.