Meeting de clôture pour la Prosperity Party

Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, et son parti, la Prosperity Party, ont organisé leur dernier rassemblement de campagne à l'approche des élections générales du 1er juin. Ce meeting s'inscrit dans une séquence électorale dominée par le parti au pouvoir, dont la victoire est anticipée par la plupart des observateurs. Plusieurs figures de l'opposition ont néanmoins souligné que les prérequis nécessaires à un scrutin démocratique ne sont pas réunis.

Un scrutin sous le signe de la contestation et de l'insécurité

Le vote de lundi doit permettre aux Éthiopiens d'élire les plus de 500 membres de la Chambre des représentants, qui désigneront ensuite le Premier ministre. Quelque 50 millions d'électeurs sont inscrits sur les listes dans un pays comptant environ 130 millions d'habitants. Cependant, aucune élection n'est organisée dans la région septentrionale du Tigré en raison d'un conflit persistant entre les autorités régionales et fédérales. Selon certaines estimations, 70 % du territoire serait affecté par des affrontements armés.

Un paysage politique fragmenté et des critiques sur l'ouverture du scrutin

La Prosperity Party se présente comme la favorite, forte de la majorité écrasante obtenue en 2021 – 96 % des sièges. L'opposition, divisée en plus de quarante formations politiques et disposant de faibles ressources financières, peine à faire campagne. Dans plusieurs circonscriptions, le parti d'Abiy Ahmed est même le seul candidat en lice.

Des analystes, dont Ahmed Soliman et Abel Abate Demissie du think tank Chatham House, jugent que ce scrutin risque d'être « parmi les moins compétitifs des sept élections nationales organisées depuis l'introduction du multipartisme en 1991 ». Ils ajoutent que « de nombreux adversaires de la Prosperity Party ne participeront pas au scrutin : certains sont en exil, d'autres sont interdits, emprisonnés, ou voient peu d'incitation à abandonner leur lutte armée contre le gouvernement ». Selon eux, ce paysage politique fortement contraint ressemble « au mieux à un marché d'élites ».

Restrictions des libertés et enjeux économiques

Le Premier ministre, lauréat du prix Nobel de la paix en 2019 pour son rapprochement avec l'Érythrée, fait l'objet de critiques croissantes pour ses pratiques autoritaires et la répression de la dissidence. Des organisations de défense des droits humains dénoncent un rétrécissement de l'espace accordé à la presse et à l'opposition.

Sur le plan économique, l'Éthiopie reste l'un des pays à la croissance la plus rapide du continent. Le thème de la réconciliation nationale a été l'un des axes majeurs de la campagne du pouvoir, aux côtés d'engagements en faveur de grands projets de développement. L'opposition, elle, a mis l'accent sur la justice sociale et le renforcement des institutions démocratiques.