Le parti au pouvoir en Éthiopie, dirigé par le Premier ministre Abiy Ahmed, a organisé son ultime rassemblement de campagne avant les élections générales prévues dans les prochains jours. Ce rassemblement intervient alors que le scrutin de lundi s'annonce comme une formalité pour le Parti de la prospérité (PP), qui devrait remporter une majorité écrasante et permettre à M. Abiy Ahmed d'entamer un troisième mandat à la tête du pays.

Les électeurs sont appelés à désigner les plus de 500 membres de la Chambre des représentants, qui éliront ensuite le Premier ministre. Environ 50 millions de personnes, sur une population totale de 130 millions, sont inscrites sur les listes électorales. Le vote a débuté à 6 heures du matin, heure locale, et de longues files d'attente se sont formées dès l'ouverture des bureaux de vote. Dans la capitale Addis-Abeba, un important déploiement militaire était visible.

Une opposition fragmentée et marginalisée

Le Parti de la prospérité, au pouvoir depuis 2018, est donné favori. Lors des précédentes élections en 2021, il avait remporté 96 % des sièges. Cette année, l'opposition, divisée en plus d'une quarantaine de partis et disposant de faibles ressources financières, n'est pas en mesure de présenter une véritable concurrence. Dans plusieurs circonscriptions, le parti du Premier ministre se présente sans aucun adversaire.

Des figures de l'opposition estiment que les conditions d'un scrutin démocratique ne sont pas réunies. Des analystes et des organisations de la société civile soulignent que ce scrutin pourrait être l'un des moins ouverts parmi les sept élections nationales organisées depuis l'introduction du multipartisme en 1991. Selon le centre de réflexion Chatham House, de nombreux challengers ne participeront pas au vote, certains étant en exil, d'autres interdits ou emprisonnés, tandis que plusieurs groupes armés poursuivent leur lutte contre le gouvernement.

Des conflits internes persistants

Aucune élection n'est organisée dans la région septentrionale du Tigré, en raison d'un conflit en cours entre les autorités régionales et fédérales. Les tensions dans le Tigré, ainsi que dans les régions d'Oromia et d'Amhara, deux des États les plus peuplés du pays, continuent de peser sur le processus électoral. Selon certaines estimations, 70 % du territoire éthiopien serait encore affecté par des conflits armés.

Un dirigeant sous pression

Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix en 2019 pour avoir apaisé les relations avec l'Érythrée voisine, fait face à des critiques croissantes concernant ses pratiques autoritaires et la répression de la dissidence. La liberté de la presse et l'espace politique sont jugés de plus en plus restreints. Malgré une croissance économique parmi les plus rapides du continent, les tensions internes et les divisions ethniques fragilisent la démocratie éthiopienne.

Thèmes de campagne et perspectives

La réconciliation nationale a été l'un des thèmes centraux de la campagne du parti au pouvoir, aux côtés de promesses de grands projets de développement. L'opposition, de son côté, a mis l'accent sur la justice sociale et le renforcement des institutions démocratiques. Pour de nombreux observateurs, le scrutin, bien que formellement pluraliste, s'apparente davantage à un exercice de consolidation du pouvoir pour le Parti de la prospérité qu'à une compétition politique ouverte.