Des chercheurs de l’université Macquarie, en Australie, et de l’université de médecine du Sud, en Chine, ont mis en évidence des comportements chez les bourdons qui s’apparentent à des expressions de satisfaction ou de rejet. Leurs travaux, rendus publics dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, reposent sur l’analyse au ralenti des mouvements de la glosse (l’équivalent de la langue chez l’insecte) et d’autres pièces buccales lors de l’exposition à différentes saveurs.

Des réactions distinctes selon le goût

Lorsqu’un bourdon reçoit une goutte d’eau sucrée, il étend vigoureusement sa glosse, un geste que les scientifiques interprètent comme une marque d’appréciation. À l’inverse, face à une solution amère, l’insecte rétracte ses pièces buccales en une grimace qui évoque un mouvement de rejet. Cette dichotomie rappelle les expressions observées chez les mammifères, y compris les humains, lorsqu’ils goûtent à quelque chose d’agréable ou de désagréable.

Les auteurs de l’étude rappellent que, dès le XIXe siècle, le naturaliste Charles Darwin s’était intéressé à la manière dont les expressions faciales des animaux pouvaient renseigner sur leurs états affectifs. Plus récemment, le psychologue et neuroscientifique Kent Berridge a montré que les nouveau-nés humains et les rats nouveau-nés présentent des mimiques étonnamment similaires – léchage des lèvres pour une saveur sucrée, bâillement de dégoût pour une saveur amère –, ce qui suggère que ces signaux sont profondément conservés par l’évolution.

Un pas vers la reconnaissance d’une forme de conscience chez les insectes ?

Cette recherche s’inscrit dans un courant scientifique qui ose envisager que les insectes pourraient posséder une forme de conscience. Les résultats, notent les chercheurs, montrent que des animaux dotés d’un système nerveux très différent de celui des mammifères peuvent néanmoins produire des comportements émotionnels analogues. Les bourdons, avec leur exosquelette rigide et leur face apparemment impassible, disposent en réalité de pièces buccales très mobiles, capables de traduire des états internes.

Les expériences ont été menées à l’université de médecine du Sud, à Guangzhou, en Chine. Chaque bourdon a été approché avec une microgoutte de solution sucrée ou amère, et ses réactions ont été filmées en très haute vitesse. Les images ralenties ont permis de discerner des différences subtiles dans la rapidité et l’amplitude des mouvements de la glosse, signes que l’animal « aime » ou « n’aime pas » la stimulation reçue.

Des implications pour la compréhension du monde animal

Si ces résultats se confirment, ils pourraient ouvrir une nouvelle voie pour évaluer le bien-être des insectes, notamment dans les contextes d’élevage ou de recherche. La question de savoir si les bourdons éprouvent des sensations subjectives reste débattue, mais les auteurs estiment que les similitudes avec les réactions des mammifères constituent un argument fort en faveur de l’existence d’une vie intérieure rudimentaire chez ces hyménoptères.

L’étude, publiée le 6 juillet 2026, a été dirigée par Cwyn Solvi, chercheuse associée au Bee Lab de l’université de médecine du Sud. Elle a été examinée par des pairs et validée par le comité éditorial de la revue scientifique.

Des limites et des questions en suspens

Les auteurs précisent que ces observations ne permettent pas de conclure à une émotion consciente au sens humain du terme. Ils parlent plutôt de « comportements analogues à des émotions » (emotion-like behaviours). La recherche devra être reproduite sur d’autres espèces d’insectes et intégrer des mesures neurobiologiques pour confirmer le lien entre ces mouvements et un éventuel état affectif.

En attendant, cette étude ajoute une pièce au puzzle de la compréhension des capacités cognitives des insectes, et pourrait alimenter les réflexions éthiques sur la place que nous accordons à ces êtres dans notre monde.