Les glissements de terrain et les inondations catastrophiques survenus en novembre 2025 dans la province de Sumatra du Nord, en Indonésie, ont eu un impact dévastateur sur l'une des espèces de grands singes les plus menacées de la planète. Selon une étude publiée mercredi dans la revue scientifique Current Biology, au moins 58 orangs-outans de Tapanuli (Pongo tapanuliensis) ont péri lors de ces événements climatiques extrêmes, ce qui représente environ 7% de la population totale de l'espèce, estimée à un peu moins de 800 individus.

Des précipitations records et un cyclone meurtrier

Les pluies diluviennes, attribuées au cyclone Senyar qui a frappé la région en novembre 2025, ont déversé plus de 1 000 millimètres d'eau en l'espace de quatre jours. Ce déluge a déclenché une série de glissements de terrain et de coulées de boue qui ont ravagé l'habitat naturel des orangs-outans dans la forêt de Batang Toru. Le même système météorologique avait déjà causé la mort de plus de 1 000 personnes et le déplacement de centaines de milliers d'habitants dans la région d'Aceh, soulignant l'ampleur humaine de la catastrophe.

Un lien direct avec le changement climatique

Une analyse distincte, menée par des scientifiques du climat, a établi que le changement climatique d'origine humaine a accru l'intensité des précipitations du cyclone Senyar de 10% à 50%. Friederike Otto, professeure de science climatique à l'Imperial College de Londres et co-auteure des deux études, a prévenu que « cette situation ne fera qu'empirer tant que nous continuerons à brûler des combustibles fossiles ». Les chercheurs estiment que ces événements météorologiques extrêmes, exacerbés par le réchauffement climatique, représentent une menace croissante pour les populations animales déjà gravement fragilisées par la perte de leur habitat et le braconnage.

Une espèce au bord de l'extinction

L'orang-outan de Tapanuli est classé comme « en danger critique d'extinction » sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Découvert en tant qu'espèce distincte seulement en 2017, son aire de répartition est extrêmement limitée, se réduisant à une petite zone forestière de Sumatra. En plus des menaces climatiques, l'espèce est confrontée à la destruction de son habitat due à l'exploitation minière, aux plantations de palmiers à huile et à des projets hydroélectriques. La perte de 58 individus en un seul événement constitue un coup dur pour la viabilité à long terme de l'espèce.

Des implications pour la conservation

Cette étude souligne l'urgence de mettre en place des mesures de conservation tenant compte des impacts du changement climatique. Les chercheurs appellent à renforcer la protection des habitats restants, à créer des corridors écologiques pour permettre aux animaux de fuir les zones à risque, et à réduire les autres pressions anthropiques. L'analyse montre comment un seul épisode météorologique violent peut annihiler en quelques jours des années d'efforts de conservation, et pose la question de la survie des espèces les plus vulnérables dans un climat en mutation rapide.