Manille, Philippines – Le procès en destitution de la vice-présidente des Philippines, Sara Duterte, s’est officiellement ouvert lundi devant le Sénat du pays. Cette procédure, qui pourrait conduire à l’éviction de la fille de l’ancien président Rodrigo Duterte, intervient dans un climat politique tendu entre les grandes familles du pays.

Sara Duterte, âgée de 47 ans, est poursuivie pour des accusations de corruption et d’abus de pouvoir. Les charges retenues contre elle émanent de la Chambre des représentants, qui a voté en faveur de sa mise en accusation en mars dernier. La vice-présidente, qui a toujours nié les faits, dénonce une manœuvre politique orchestrée par ses adversaires.

Une garantie d’impartialité

Le sénateur Imee Marcos, frère du chef de l’État Ferdinand Marcos Jr. et figure de l’opposition dans le camp présidentiel, a pris la parole avant l’ouverture des débats. « Ce procès sera juste, transparent et équitable », a-t-il déclaré, affirmant que la chambre haute agirait « en toute indépendance ».

Imee Marcos, qui s’était opposé à la destitution de Sara Duterte lors des débats à la chambre basse, a insisté sur la nécessité de respecter la présomption d’innocence. Sa promesse intervient alors que des observateurs redoutent une instrumentalisation politique de la procédure, dans un contexte de rivalité croissante entre la famille Duterte et le clan Marcos.

Le déroulement du procès

Le Sénat, qui siège en tant que tribunal d’impeachment, est présidé par le juge en chef de la Cour suprême. Vingt-quatre sénateurs feront office de juges, et une décision de condamnation nécessitera une majorité des deux tiers.

Les audiences devraient durer plusieurs semaines. La défense de Sara Duterte a déjà annoncé qu’elle contesterait la validité des preuves présentées par l’accusation. Les procureurs, nommés par la Chambre basse, soutiennent que la vice-présidente a détourné des fonds publics destinés à des programmes d’aide sociale.

Un enjeu politique majeur

Cette affaire est la première destitution d’une personnalité politique d’aussi haut rang depuis celle de Joseph Estrada en 2001. Elle intervient alors que les Philippines se préparent à des élections de mi-mandat en 2027, où les Duterte et les Marcos pourraient s’affronter.

La vice-présidente, qui avait déjà envisagé de se présenter à la présidence en 2028, pourrait voir ses ambitions compromises si le procès aboutit à sa condamnation. Ses partisans, notamment dans le sud du pays, restent mobilisés. Plusieurs manifestations ont eu lieu ces derniers jours à Davao, fief de la famille Duterte, pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « chasse aux sorcières ».

Réactions internationales

Le département d’État américain a appelé au respect de l’État de droit. L’Union européenne, par la voix de son haut représentant, a déclaré suivre la procédure avec attention. Le gouvernement philippin, de son côté, a assuré que le processus était conforme à la Constitution et aux lois du pays.

Le président Ferdinand Marcos Jr., qui n’est pas directement impliqué dans la procédure, a évité de commenter l’affaire publiquement. Son silence est interprété par les analystes comme une volonté de ne pas s’aliéner une partie de l’électorat.

Conclusion

L’ouverture de ce procès marque une nouvelle étape dans la rivalité entre deux dynasties politiques philippines. Le dénouement de cette affaire pourrait redessiner le paysage politique du pays avant les prochains scrutins. La parole est désormais aux juges du Sénat.