Le procès en destitution de la vice-présidente des Philippines Sara Duterte s’ouvre ce lundi au Sénat de Manille, dans un climat politique lourd de tensions entre les deux plus puissantes dynasties du pays. Une sénatrice d’opposition, candidate potentielle à la présidentielle de 2028, a promis de faire preuve d’une « totale impartialité » dans le cadre des débats.
Une promesse d’équité au cœur du Sénat
La sénatrice, qui pourrait affronter Sara Duterte dans la course à la magistrature suprême, a pris la parole avant l’ouverture des audiences pour assurer qu’elle siégerait « avec équité et justice ». Cette déclaration intervient alors que la vice-présidente, fille de l’ancien président Rodrigo Duterte, est accusée de corruption et d’avoir proféré des menaces de mort à l’encontre du président Ferdinand Marcos Jr. Sa rivale politique a souligné que le procès ne devait pas être entaché de partialité, réaffirmant son attachement à l’État de droit.
Les accusations portées contre la vice-présidente
Sara Duterte a été mise en accusation à deux reprises par la Chambre des représentants, à une large majorité. Les parlementaires lui reprochent des faits de détournement de fonds et d’« abus de confiance », ainsi que des déclarations jugées séditieuses. En novembre dernier, elle aurait menacé d’assassiner le chef de l’État, marquant une rupture spectaculaire avec l’alliance qui unissait les clans Marcos et Duterte depuis 2022. La vice-présidente, qui a annoncé son intention de se porter candidate à l’élection présidentielle de 2028, rejette ces accusations et les qualifie de « constitutionnellement infondées, procéduralement viciées et substantiellement déficientes », selon les termes de ses avocats.
Un procès aux enjeux politiques majeurs
Ce procès est perçu comme un tournant décisif pour la vie politique philippine. En cas de condamnation, Sara Duterte pourrait être interdite d’exercer toute fonction publique, compromettant ainsi ses ambitions présidentielles. Le Sénat, qui fait office de cour de justice dans le cadre d’une procédure de destitution – à l’instar du modèle américain –, devra se prononcer sur sa culpabilité. Les débats s’annoncent d’autant plus tendus que le père de l’accusée, l’ancien président Rodrigo Duterte, est actuellement emprisonné à La Haye, où il attend son procès pour crimes contre l’humanité dans le cadre de la guerre contre la drogue qu’il a ordonnée.
Le contexte d’une rupture dynastique
L’alliance entre les Marcos et les Dutertes, scellée lors de la campagne de 2022, a volé en éclats au cours des derniers mois. Le président Ferdinand Marcos Jr. et Sara Duterte, élus sur un même ticket, sont aujourd’hui des adversaires déclarés. Cette fracture expose au grand jour les rivalités entre deux familles qui dominent la vie politique philippine depuis des décennies. Le procès est suivi de près par les observateurs, qui y voient un test pour la solidité des institutions du pays face à ces affrontements.
Les prochaines étapes
L’ouverture des audiences marque le début d’une procédure qui pourrait s’étendre sur plusieurs semaines, voire des mois. Les sénateurs, qui agissent à la fois comme juges et comme jury, entendront les arguments de l’accusation et de la défense avant de délibérer. En attendant, Sara Duterte conserve ses fonctions de vice-présidente, mais son avenir politique est suspendu à l’issue de ce procès.