Une forêt millénaire au cœur du litige

Samedi 4 juillet, plusieurs centaines de manifestants – familles, enfants, élus locaux et membres d’associations environnementales – se sont rassemblés à Bernos-Beaulac, en Gironde, pour former une chaîne humaine le long de la vallée du Ciron. L’événement, organisé par le collectif LGV NiNa (Ni ici, ni ailleurs), visait à protester contre le projet de ligne à grande vitesse (LGV) reliant Bordeaux à Toulouse. Le choix du lieu n’est pas fortuit : cette vallée abrite une hêtraie vieille de 40 000 ans, qualifiée de « Lascaux de la biodiversité », ainsi que des espèces protégées comme le vison d’Europe, la loutre et la tortue cistude. Les opposants dénoncent les conséquences écologiques d’un chantier qui doit traverser le bassin versant du Ciron par 17 ponts et viaducs.

« On est en train de détruire le vivant, et ça se passe sous nos yeux », s’est emporté Julien, un habitant de Bègles venu avec plusieurs amis après avoir parcouru 70 kilomètres. Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre Midi-Pyrénées, a souligné que cette vallée est « un joyau de biodiversité symbolique de l’ensemble des atteintes à l’environnement de cette LGV ».

Un projet vieux de plusieurs décennies

Le grand projet ferroviaire du Sud-Ouest, envisagé depuis les années 1980, prévoit la construction de 418 kilomètres de nouvelles lignes pour réduire le temps de trajet entre Paris et Toulouse à 3 h 10 d’ici 2032, puis de gagner vingt minutes sur la liaison Bordeaux-Dax. Son coût initial est évalué à 10,4 milliards d’euros, avec un risque de dépassement de 20 %. Les travaux doivent débuter dans trois mois.

Des voix discordantes sur l’utilité du projet

Dans le cortège, de nombreux manifestants ont plaidé pour une modernisation des voies existantes plutôt que pour la création d’une ligne nouvelle. « Pourquoi détruire toute cette nature pour gagner vingt minutes ? » s’est interrogée Marie-Hélène, une habitante de 63 ans vivant à proximité du Ciron. « Tous ces milliards pourraient servir à rénover les lignes vétustes, ou encore à l’éducation nationale ou aux hôpitaux », a-t-elle ajouté.

Une ambiance festive mais tendue

La chaîne humaine s’est formée et défaite au gré des mouvements de la foule, ponctuée de chants improvisés pour lutter contre la chaleur. L’ambiance était qualifiée de festive, mais la colère restait palpable. « On est en colère, et ce n’est pas près de s’arrêter », a lancé un membre du collectif LGV NiNa, accueilli par les acclamations de l’assistance.

Pauline Dupouy, membre du même collectif, a insisté sur l’irréversibilité des dommages : « Sauf que Lascaux, on l’a reconstruit ailleurs. Une niche écologique de 40 000 ans, ça ne se reconstruit pas. Cette vallée, ce n’est pas seulement un refuge de biodiversité : c’est un patrimoine, des années de compréhension de l’adaptation des écosystèmes qu’on s’apprête à anéantir. »

Un enjeu climatique

Les opposants mettent également en avant le rôle de régulateur thermique du Ciron, qui, en période de canicule, rafraîchit l’air ambiant de plusieurs degrés. « Le Ciron est un climatiseur naturel et un refuge de biodiversité. Avec les canicules à répétition, on ne peut pas les laisser détruire ça », a expliqué Julien.

La mobilisation intervient alors que l’avenir du projet est toujours incertain, entre contestations écologiques et enjeux économiques. Les prochains mois s’annoncent décisifs pour déterminer si la LGV du Sud-Ouest verra le jour.