Alors qu'Andy Burnham s'apprête à devenir Premier ministre du Royaume-Uni, un défi de taille se profile : boucler le financement du plan d'investissement pour la défense présenté par l'administration sortante. Selon les documents officiels, près de 4,7 milliards de livres sterling (6,2 milliards de dollars) d'augmentations de dépenses militaires sur quatre ans ne sont pas encore couverts par des économies identifiées dans d'autres ministères.
Le plan, dévoilé fin juin par Keir Starmer, prévoit une hausse de 15 milliards de livres du budget de la défense sur la période allant jusqu'en 2029-2030, dans le but de moderniser les forces armées britanniques face à des menaces sécuritaires croissantes, notamment une possible agression russe contre un membre de l'OTAN d'ici 2030. Starmer a qualifié cette initiative de « tournant historique ». Toutefois, l'origine d'environ un tiers de cette augmentation n'a pas été précisée.
Un trou annuel d'environ 1,2 milliard de livres
Le Trésor a publié un tableau montrant que le déficit annuel moyen s'élève à environ 1,2 milliard de livres par an. Ce chiffre, ramené à l'échelle des dépenses totales de l'administration britannique (678 milliards de livres pour 2026-2027), ne représente que 0,17 % de celles-ci. En comparaison avec la marge de manœuvre budgétaire de la chancelière Rachel Reeves, évaluée à environ 24 milliards de livres dans le cadre de sa règle fiscale visant à équilibrer les dépenses courantes et les recettes d'ici la fin de la législature, ce montant équivaut à environ 5 % de cette réserve. Ruth Curtice, de la Resolution Foundation, a toutefois souligné que ce trou demeure significatif dans le contexte budgétaire actuel.
Burnham promet de prendre ses responsabilités
Interrogé sur cette situation, Andy Burnham a reconnu le 2 juillet qu'il n'avait pas participé à toutes les discussions concernant le plan d'investissement. Il a toutefois assuré qu'il prendrait ses responsabilités « très au sérieux » s'il accédait au poste de Premier ministre. « Je prendrai mes responsabilités pour financer intégralement le plan d'investissement pour la défense », a-t-il déclaré lors d'une interview. Il a également insisté sur la nécessité de « construire la résilience » face à un monde en mutation et à des menaces en évolution.
Un flou sur la communication de l'information
La question de savoir si Burnham avait été informé à l'avance de ce déficit a suscité des tensions. Selon le ministre de la Défense chargé des achats, Luke Pollard, Burnham n'a eu connaissance du trou de financement que le jour de la publication du plan. Le secrétaire à la Défense, Dan Jarvis, a esquivé les questions répétées sur le sujet, se contentant d'affirmer que des discussions avaient eu lieu avec Burnham et son équipe, et que le Premier ministre sortant, Keir Starmer, était soucieux d'assurer une « transition en douceur » du pouvoir.
Pas de coupes dans les prestations sociales
Par ailleurs, Andy Burnham a précisé qu'il n'envisageait pas de « coupes brutales dans les niveaux de prestations sociales » pour financer ce plan. Il a déclaré privilégier une « approche différente » à long terme, incluant la construction de logements sociaux et le soutien à des parcours éducatifs alternatifs à l'université. Le prochain budget, prévu à l'automne et qui sera le premier de Burnham s'il devient Premier ministre, pourrait inclure des hausses d'impôts, des réductions de dépenses supplémentaires ou un recours accru à l'emprunt pour combler le déficit.
Le défi budgétaire auquel fait face le futur locataire du 10 Downing Street illustre les contraintes financières qui pèsent sur les ambitions de défense du Royaume-Uni à un moment où la pression sécuritaire sur le continent européen s'intensifie.