Un déficit de financement majeur
Le prochain locataire du 10 Downing Street, Andy Burnham, hérite d'un défi budgétaire de taille. Le plan d'investissement pour la défense (DIP) annoncé par le Premier ministre Keir Starmer prévoit une hausse des dépenses militaires de 15 milliards de livres sur quatre ans, un effort qualifié de « changement historique » par le chef du gouvernement sortant. Cependant, des documents du Trésor révèlent que près d'un tiers de cette somme, soit environ 4,7 milliards de livres, n'est pas encore financé. Ce montant, qualifié de « trou noir » de 5 milliards par certains commentateurs, devra être couvert lors du prochain budget, qui sera le premier d'Andy Burnham s'il devient Premier ministre comme prévu.
Un montant à relativiser selon les experts
Si le chiffre de 4,7 milliards de livres paraît colossal, des experts en finances publiques appellent à la prudence. La somme représente, en réalité, un déficit annuel d'environ 1,2 milliard de livres sur la période 2026-2030. Ce montant équivaut à 0,17 % des 678 milliards de livres de dépenses ministérielles totales prévues pour 2026-2027, et à seulement 0,1 % des recettes fiscales estimées à 1 170 milliards de livres. Ruth Curtice, de la Resolution Foundation, a souligné que ce chiffre, bien que non négligeable, doit être mis en perspective avec la marge de manœuvre budgétaire de la chancelière Rachel Reeves, évaluée à environ 24 milliards de livres. Le déficit annuel de 1,2 milliard représenterait ainsi environ 5 % de cette marge.
La position de Burnham : responsabilité et prudence
Interrogé sur cette question, Andy Burnham a minimisé son implication dans l'élaboration du plan, déclarant qu'il « n'avait pas participé à toutes les discussions ». Il a cependant affirmé qu'il prendrait « ses responsabilités très au sérieux » et qu'il s'engageait à financer intégralement le plan d'investissement pour la défense. « Ce que je peux vous dire ce soir, c'est que je prendrai mes responsabilités pour financer pleinement le plan d'investissement pour la défense », a-t-il déclaré. Il a ajouté que le Royaume-Uni doit « construire sa résilience » face à un monde en mutation et à une menace qui évolue.
Des questions sur la communication du gouvernement
Le ministre de la Défense, Dan Jarvis, fait face à des questions sur la communication de ce déficit à Andy Burnham. Le ministre des Achats de la Défense, Luke Pollard, a indiqué que Burnham n'avait été informé de l'existence de ce trou de financement que le jour de la publication du plan. Dan Jarvis a esquivé les questions répétées sur le fait que Burnham ait été laissé dans l'ignorance, se contentant d'affirmer que « nous avons parlé à Andy Burnham et à son équipe de ce plan » et soulignant la volonté de Starmer d'assurer une « transition en douceur » du pouvoir.
Les implications politiques
Ce déficit de financement survient dans un contexte géopolitique tendu, marqué par des craintes que la Russie puisse attaquer un État membre de l'OTAN d'ici 2030. Le plan de Starmer vise à moderniser des forces armées britanniques jugées affaiblies. Pour Andy Burnham, la gestion de ce déficit sera un test politique majeur. Il a déjà indiqué qu'il ne procéderait pas à des « coupes brutales dans les prestations sociales », laissant entendre que les économies ou les hausses d'impôts nécessaires pourraient être puisées ailleurs. Le nouveau Premier ministre devra trouver un équilibre entre les impératifs de sécurité nationale et les contraintes budgétaires, sans recourir à des mesures qui pourraient aggraver la précarité.