La baisse continue de la natalité dans de nombreux pays, un phénomène qui persiste depuis près de deux décennies, pourrait avoir une explication inattendue : le smartphone. Deux études récentes, publiées respectivement en mai et en juin 2026, constituent les premières tentatives académiques visant à établir un lien de causalité entre l'essor de ces appareils et la chute du taux de fécondité.

L'hypothèse s'appuie sur une coïncidence temporelle frappante. Le déclin des naissances a débuté en 2007, année même du lancement de l'iPhone par Apple. Ce recul, initialement attribué à la Grande Récession, s'est poursuivi bien après la reprise économique, poussant les chercheurs à chercher d'autres facteurs communs à l'échelle mondiale.

Une méthode exploitant le déploiement progressif du réseau

Une première étude, réalisée par Caitlin Myers, économiste au Middlebury College, et Ezekiel Hooper, son étudiant, utilise une approche quasi-expérimentale. Les auteurs ont exploité le fait que le premier iPhone, sorti en juin 2007, n'était disponible que sur le réseau d'AT&T jusqu'en février 2011. Ils ont comparé les taux de fécondité dans les comtés américains où la couverture d'AT&T était quasi universelle à ceux où elle était faible ou inexistante.

Les résultats, publiés dans un document de travail du Bureau national de la recherche économique, indiquent que l'iPhone pourrait être responsable de 30 à 50 % de la baisse de la natalité entre 2007 et 2011. L'effet le plus marqué concerne les jeunes âgés de 15 à 24 ans. Plusieurs mécanismes sont avancés pour expliquer cette corrélation : les jeunes socialiseraient davantage via leur téléphone et moins en personne, ce qui réduirait les occasions de rapports sexuels et donc de grossesses. L'accès facilité à la pornographie pourrait également se substituer aux relations sexuelles, tandis que l'appareil permettrait un meilleur accès à l'information sur la contraception et l'avortement.

Une analyse mondiale de la pénétration du smartphone

La seconde étude, signée par Hernan Moscoso Boedo, professeur d'économie à l'Université de Cincinnati, et Nathan Hudson, doctorant, adopte une perspective plus large. En s'appuyant sur les données de la Banque mondiale, les chercheurs ont mesuré la pénétration des smartphones et les taux de natalité chez les adolescentes dans 128 pays. Ils constatent que dans des pays aussi divers qu'Iran, Costa Rica, Guatemala, Chili, Mexique et Turquie, le ralentissement de la fécondité chez les adolescentes s'est accéléré une fois que les smartphones sont devenus un phénomène de masse. Pour les États-Unis, les auteurs ont croisé les données d'accès à la large bande fixe et aux réseaux mobiles 4G, établissant un lien direct : plus l'accès à haut débit était élevé dans un comté, plus la baisse de la natalité des adolescentes y était rapide.

Des réserves sur la validité des conclusions

Les travaux suscitent un intérêt certain parmi les pairs, mais aussi des interrogations. Phillip B. Levine, économiste au Wellesley College, a salué la qualité des données de l'étude de Middlebury, bien qu'il ait nuancé leur interprétation. Il a noté que les variations dans le déploiement d'AT&T pourraient introduire des biais, les zones mieux couvertes étant potentiellement plus riches ou plus denses. « Il ne faut pas prendre le résultat au pied de la lettre et affirmer que c'est la faute de l'iPhone », a-t-il averti, considérant cette étude comme un exemple des influences sociales qui conduisent au déclin des naissances.

Theodore Joyce, économiste au Baruch College, s'est montré plus sceptique. Il a rappelé que les naissances chez les adolescentes baissent depuis les années 1990, bien avant l'arrivée des smartphones, et que l'étude de Myers ne couvre qu'une courte période, avant la généralisation des appareils. Selon lui, l'hypothèse, bien que plausible, « reste spéculative ».

Un mystère démographique persistant

Les deux études s'inscrivent dans un effort plus large pour comprendre un phénomène qui touche désormais des sociétés très différentes, indépendamment de leur système de santé, de leur législation sur l'avortement, de leurs traditions religieuses ou de leur situation économique. Comme le soulignent Moscoso Boedo et Hudson, « ce qui a causé cela était quelque chose de mondial — quelque chose qui est arrivé à peu près sous la même forme dans tous ces endroits à peu près au même moment ». Le smartphone, par sa diffusion quasi simultanée, apparaît comme un candidat sérieux pour expliquer cette synchronie planétaire du déclin de la natalité.