Un film ancré dans l’actualité des UAP
Avec « Disclosure Day », qui sera présenté aux spectateurs américains à partir du 12 juin, Steven Spielberg propose une œuvre qu’il ne considère pas comme une pure fiction. Dans plusieurs entretiens, le réalisateur a expliqué que son film reflète « le monde tel qu’il évolue et les découvertes qui sont faites en ce moment même ». Cette déclaration ancre le récit dans un contexte bien réel, celui des débats publics aux États-Unis sur les phénomènes anormaux non identifiés (UAP).
L’intrigue suit un lanceur d’alerte spécialisé en cybersécurité, interprété par Josh O’Connor, bien décidé à révéler la vérité sur les extraterrestres. Il fait équipe avec une présentatrice météo de Kansas City (Emily Blunt), dont le corps est soudainement traversé par une force extraterrestre mystérieuse en direct à l’antenne. L’acteur principal a décrit le film comme « un récit sur l’espoir, l’humanité et la compréhension », s’inscrivant dans la lignée enchantée que le cinéaste a toujours manifestée envers les rencontres du troisième type.
Les sources d’inspiration : des auditions parlementaires aux documents déclassifiés
Spielberg, qui se définit comme un « croyant » depuis la réalisation de « Rencontres du troisième type » il y a un demi-siècle, a suivi de près l’actualité sur le sujet. Il a notamment été marqué par une audition de la sous-commission de la Chambre des représentants sur les UAP, tenue en 2023. Lors de cette séance, un ancien officier du renseignement de l’Air Force, David Grusch, a témoigné que le gouvernement dissimulait depuis des décennies un programme de capture et de rétro-ingénierie d’objets technologiques.
Depuis cette audition, le Pentagone a rendu publics deux importants lots de fichiers déclassifiés sur les UAP, et une troisième publication est attendue. Ces documents ne fournissent cependant pas de preuve formelle de l’existence de vaisseaux ou de corps extraterrestres, ni d’un programme secret de contre-ingénierie. Ils montrent en revanche que de nombreux signalements demeurent inexpliqués faute de données suffisantes. Parmi les éléments rendus publics figurent le témoignage d’un haut responsable américain décrivant de mystérieuses « orbes orange s’embrasant et s’éteignant », ainsi qu’une vidéo captée par un drone militaire au-dessus de la Syrie en 2021, sur laquelle un objet accélère brusquement comme s’il passait en « vitesse supraluminique » avant de disparaître.
Un regard critique sur la transparence et la désinformation
Au-delà de son postulat fantastique, « Disclosure Day » s’inscrit dans les débats contemporains sur la transparence, la désinformation et la relation entre foi et science. Le film interroge la manière dont les autorités traitent des informations sensibles et la confiance que le public peut leur accorder. En choisissant pour protagoniste un lanceur d’alerte, Spielberg fait écho aux figures de lanceurs d’alerte réels qui ont secoué l’actualité, tant dans le domaine des UAP que dans celui de la cybersécurité.
Une évolution dans la perception scientifique
Longtemps considérée comme un sujet marginal, la discussion sur les objets volants non identifiés (OVNI) a été principalement alimentée par des théories du complot et la culture populaire. Mais depuis quelques années, la communauté scientifique adopte une approche plus rigoureuse, fondée sur les données, pour étudier ces phénomènes désormais désignés sous l’acronyme UAP. Ce changement de paradigme est également au cœur de la réflexion que mène le réalisateur depuis des décennies. Le cinéaste de 79 ans a confié que les « preuves circonstancielles accablantes » accumulées au fil du temps le conduisent même à accepter que des extraterrestres aient déjà tenté d’établir un contact avec nous.
Un chapitre dans l’héritage spielbergien
Avec « Disclosure Day », Spielberg poursuit une œuvre qui, depuis « Rencontres du troisième type » (1977) et « E.T. l’extra-terrestre » (1982), a profondément redéfini le genre de la science-fiction. Là où ses premiers films envisageaient un contact pacifique et merveilleux, son nouveau long-métrage intègre les tensions politiques et informationnelles contemporaines. Il ne s’agit plus seulement d’un regard émerveillé vers les étoiles, mais d’une plongée dans les mécanismes de pouvoir qui entourent la dissimulation d’une vérité potentiellement bouleversante.