Un hommage national et local

Dix ans après le massacre du 14 juillet 2016, Nice se prépare à honorer les 86 vies perdues et les centaines de blessés de l'attentat au camion bélier revendiqué par l'État islamique. Le 12 juillet 2026, une marche commémorative est organisée sur la Promenade des Anglais, lieu du drame. Emmanuel Macron doit y assister, marquant sa première présence à une cérémonie pour cet anniversaire depuis 2017. Pour libérer l'espace public et privilégier le recueillement, les festivités du 14-Juillet ont été avancées au 13 juillet, tant à Nice qu'à Paris.

Selon le maire de Nice, Eric Ciotti, une « cérémonie à la hauteur » est prévue. Sur la place Masséna, 86 chaises bleues seront disposées en cercle, chacune représentant une victime et portant un cœur à son nom. Un membre de chaque famille déposera un brin d'olivier. Des discussions sont en cours avec la municipalité pour pérenniser ce cercle de chaises comme monument commémoratif permanent. Par ailleurs, une exposition se tient à la Villa Masséna depuis début juillet, présentant les 20 drapeaux des nationalités des personnes tuées, des unes de presse, des dépêches, des messages de soutien du monde entier, des textes de discours et des dessins d'enfants.

François Hollande annonce sa présence

L'ancien président de la République, François Hollande, a également déclaré qu'il serait présent aux commémorations. « Je serai présent, comme je l'ai été il y a dix ans », a-t-il affirmé, soulignant la continuité de son engagement envers les victimes et leurs familles.

Le parcours d'une mère : Anne Murris et l'association Mémorial des Anges

Parmi les familles endeuillées, Anne Murris incarne une quête de sens. Sa fille Camille, 27 ans, a été tuée sur la Promenade des Anglais. Le soir du 14 juillet 2016, Anne Murris se trouvait en Scandinavie avec son mari. Alertée par une notification sur son téléphone, elle est prise de panique, sachant que Camille était présente. Le couple rentre en France et passe quatre jours dans l'angoisse, une attente qu'elle décrit comme « une torture », ponctuée de « crises de tétanie ».

L'annonce de la mort par une officière de police judiciaire est brutale : la famille se voit proposer de voir le corps, mais il ne reste « que deux mains derrière une vitre ». Anne Murris juge cette annonce « très violente », estimant que le personnel aurait dû être mieux formé et accompagné par un psychologue.

En 2018, elle fonde l'association Mémorial des Anges, dédiée à la mémoire des victimes et à la prévention de la radicalisation. Elle multiplie les projets : un musée mémoriel à Nice, l'exposition à la Villa Masséna, des expositions photographiques dans les rues, des interventions en milieu scolaire, et le dépôt de 86 galets dans l'Himalaya, un pour chaque personne décédée. « La mort de ma fille ne peut pas avoir de sens, comment donner un sens à un acte aussi barbare ? La seule chose que je puisse faire, c’est donner de l’utilité à ma souffrance », confie-t-elle. Ces actions lui donnent aussi « l’impression de s’occuper de Camille ».

Procès et survivants

Anne Murris a témoigné lors du procès en première instance et en appel, qui ont abouti à des peines de 18 ans de prison pour deux hommes impliqués dans un complot terroriste en lien avec l'attentat. Elle y a rencontré Gilles Gamberi, un autre survivant. Le soir du drame, il assistait au concert sur la Promenade des Anglais lorsqu'il a entendu « un fracas énorme et, surtout, des cris ». Il a vu le camion poursuivre sa course dans la foule avant de s'arrêter, croyant d'abord à un accident.

Un traumatisme persistant

L'attentat du 14 juillet 2016 reste la pire attaque terroriste de l'histoire de Nice. Dix ans après, les plaies sont encore vives. Les commémorations de ce week-end visent à rendre hommage aux victimes, à soutenir les familles et à ancrer la mémoire collective, tandis que la ville tente de conjuguer devoir de mémoire et vie quotidienne.