Dix ans après le référendum de juin 2016 qui a scellé la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, le bilan économique de cette décision se précise, avec des données inédites sur l'érosion de la diversité des exportations britanniques. Selon des travaux menés par l'Université Aston et l'observatoire du commerce de l'Université du Sussex, le nombre de variétés de produits vendus par le Royaume-Uni à ses partenaires européens a chuté de manière spectaculaire depuis la mise en œuvre de l'accord de retrait.

L'étude de l'observatoire du commerce de l'Université du Sussex fait état d'une réduction rapide de 26 % des différents types de biens exportés par le Royaume-Uni d'ici 2023. Des recherches plus récentes, menées par l'école de commerce de l'Université Aston sur la base de cinq années de données commerciales détaillées, concluent à une perte encore plus marquée : 53,8 % des variétés d'exportation et 31,5 % des variétés d'importation. Ces chiffres mesurent la baisse du nombre de produits distincts expédiés vers les différents pays de l'UE, un indicateur clé de la capacité des entreprises britanniques à diversifier leurs débouchés et à innover.

Le cas emblématique d'Eskimo

L'histoire de la société Eskimo, basée à Bristol, illustre ces difficultés. Spécialisée dans la fabrication de radiateurs électriques haute performance et économes en énergie, cette start-up comptait initialement conquérir le marché européen via le tunnel sous la Manche. Selon son dirigeant, Phil Ward, l'entreprise a continué de croître, mais elle aurait pu connaître un essor bien plus important sans ce qu'il appelle « l'effet Brexit long ». En 2020, 40 % de ses exportations étaient destinées à l'Union européenne ; en 2025, cette proportion est tombée à seulement 5 %.

L'accord post-Brexit signé en décembre 2020 par le Premier ministre de l'époque, Boris Johnson, garantissait l'absence de droits de douane sur les exportations vers l'UE. M. Ward explique que, en dépit de cette disposition, la paperasse administrative et les formalités non liées aux droits de douane ont généré des retards, des coûts supplémentaires et une perception de complexité chez les clients potentiels. Eskimo a réussi à exporter quelques produits vers des agents en France, mais a complètement cessé de vendre en direct aux consommateurs européens. Un projet d'expansion en Allemagne a échoué.

Les standards internationaux, un autre obstacle

Lorsque Eskimo a tenté d'exporter des sèche-serviettes vers l'Australie et la Nouvelle-Zélande, elle s'est heurtée à un autre frein : ces deux pays appliquent des normes de sécurité internationales largement influencées par le marquage CE de l'UE. Or, l'un des bénéfices théoriques du Brexit était de permettre aux régulateurs britanniques de ne plus suivre les réglementations de sécurité de l'UE et d'adopter une approche plus favorable à l'innovation. L'expérience d'Eskimo montre que, dans les faits, les standards internationaux restent calqués sur le modèle européen, limitant la portée de cette flexibilité réglementaire.

Des prévisions économiques contrastées

Il y a dix ans, de nombreux économistes prédisaient que le Royaume-Uni subirait des dommages économiques durables en quittant l'UE. Beaucoup estiment aujourd'hui que ces dommages se sont matérialisés. Cependant, pour étayer cette affirmation, il est nécessaire de comparer la situation réelle avec un scénario hypothétique sans Brexit, ce qui relève d'une méthode et d'un jugement statistiques complexes. La période post-Brexit a été marquée par des chocs mondiaux majeurs : la pandémie de Covid-19 au printemps 2020, la guerre en Ukraine à partir de 2022 et la récente flambée des prix de l'énergie liée au conflit en Iran. Il convient également de s'interroger sur la capacité du Royaume-Uni à avoir suivi la dynamique technologique de la Silicon Valley au cours des dernières années s'il était resté dans l'UE.

Le consensus clair parmi les économistes qui effectuent ces calculs est qu'ils ont pris en compte les turbulences mondiales lorsqu'ils évaluent l'impact du Brexit. D'autres remettent en question leurs méthodes et l'ampleur réelle des conséquences. Certaines des prévisions les plus négatives de 2016, notamment celles qui annonçaient une récession de type Grande Dépression, se sont avérées excessivement pessimistes. Quoi qu'il en soit, les nouvelles données sur la chute de la diversification des exportations renforcent le constat d'un coût économique tangible pour le Royaume-Uni, dix ans après le vote historique.