Un courriel aux allures d'information anodine
Des millions d'utilisateurs de Doctolib ont reçu ces derniers jours un message électronique les informant d'une modification des conditions d'utilisation. En réalité, ce courriel annonce le lancement d'un programme de recherche utilisant les données personnelles des patients pour alimenter un projet d'intelligence artificielle (IA).
Ce programme, prévu pour débuter en août 2026, associe Doctolib à plusieurs partenaires scientifiques : l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l'Université Paris Cité. L'objectif affiché est de faire progresser la recherche médicale grâce à l'exploitation des données démographiques et de santé collectées par la plateforme.
Un cadre juridique contesté
La particularité de ce projet réside dans son fondement légal. Doctolib n'a pas sollicité le consentement explicite des utilisateurs. L'entreprise se prévaut de la notion d'« intérêt légitime » prévue par le Règlement général sur la protection des données (RGPD) pour justifier le traitement des données à des fins de recherche. Cette disposition permet à une organisation de traiter des données personnelles sans consentement si elle démontre un intérêt légitime et que ce traitement ne porte pas atteinte aux droits et libertés des personnes concernées.
Les critiques soulignent que ce choix contourne l'obligation de recueillir l'accord préalable des patients, alors que les données concernées sont particulièrement sensibles puisqu'il s'agit d'informations de santé.
Des projets futurs sans visibilité
Au-delà du premier partenariat avec Inria, l'Inserm et l'Université Paris Cité, Doctolib prévoit d'autres collaborations avec des hôpitaux ou des institutions privées et publiques. Le contenu de ces futurs projets n'est pas précisé à l'avance, ce que certains experts assimilent à un « engagement blanc » sur l'utilisation des données. Les utilisateurs ne sauraient pas, avant qu'il ne soit trop tard, à quelles fins leurs informations personnelles pourraient être employées.
Comment refuser l'utilisation de ses données
Il est possible de s'opposer à ce traitement. Doctolib met à disposition un formulaire d'exclusion de la recherche, accessible depuis les paramètres de confidentialité du compte utilisateur. Cette démarche doit être effectuée avant le lancement effectif du programme, en août 2026. Les utilisateurs qui choisissent de refuser continueront à utiliser la plateforme normalement : leurs rendez-vous et leurs soins ne seront pas affectés par cette décision.
Pour accéder à ce formulaire, il suffit de se connecter à son compte Doctolib, de se rendre dans la section des paramètres, puis dans l'onglet dédié à la confidentialité. Une option permet de cocher une case pour s'opposer à l'utilisation des données dans le cadre de la recherche. L'entreprise précise que ce choix peut être modifié à tout moment.
Un débat sur la protection des données de santé
Cette initiative relance le débat sur l'exploitation des données médicales par les entreprises privées. Les associations de défense des droits numériques rappellent que les informations de santé sont parmi les plus sensibles et que leur traitement doit faire l'objet de garanties renforcées. La possibilité de s'opposer sans avoir à fournir de justification constitue une avancée, mais le recours à l'intérêt légitime plutôt qu'au consentement explicite reste un point de friction.
Doctolib n'a pas communiqué sur le nombre d'utilisateurs ayant déjà actionné ce droit d'opposition ni sur les mesures techniques mises en œuvre pour anonymiser les données avant leur exploitation par les partenaires de recherche.