Doctolib, la plateforme de prise de rendez-vous médicaux, s'apprête à utiliser les données de santé de quelque 50 millions de patients français pour un projet de recherche en intelligence artificielle. L'initiative, qui exploite notamment des ordonnances et des notes de consultation, a été officialisée ces derniers jours par l'entreprise, suscitant des interrogations sur la protection des données personnelles.

Un périmètre de données étendu

Le projet vise à entraîner des algorithmes en s'appuyant sur un volume massif d'informations médicales. Selon les informations disponibles, Doctolib prévoit d'accéder à des documents tels que les prescriptions médicamenteuses et les comptes rendus de consultation rédigés par les professionnels de santé. L'objectif affiché est d'améliorer la qualité des soins en développant des outils d'aide au diagnostic ou à la prescription.

La plateforme rassemble sur son service l'ensemble des données liées aux rendez-vous médicaux, mais aussi les échanges et documents partagés entre praticiens et patients via son interface. C'est ce corpus qui serait mobilisé pour la recherche, sous réserve du respect du cadre réglementaire.

Un droit d'opposition encadré

Face aux préoccupations exprimées par une partie des utilisateurs, Doctolib a communiqué sur la procédure permettant de s'opposer à l'utilisation de ses données. Les personnes souhaitant refuser la réutilisation de leurs informations dans le cadre de ce projet doivent se rendre dans les paramètres de leur compte, au sein de l'application ou du site internet. Une option dédiée, intitulée « Recherche et innovation », permet d'activer cette opposition.

L'entreprise précise que ce choix est réversible et que les données déjà collectées avant l'opposition pourraient néanmoins avoir été intégrées aux jeux d'entraînement des modèles. Aucune nouvelle donnée ne serait en revanche prélevée après l'exercice du droit d'opposition.

Un cadre réglementaire strict

Ce type de projet s'inscrit dans le cadre de la législation française et européenne sur la protection des données, notamment le Règlement général sur la protection des données (RGPD) et la loi Informatique et Libertés. Le traitement de données de santé, considérées comme sensibles, est soumis à des obligations renforcées. Doctolib affirme respecter ces dispositions et avoir consulté les autorités compétentes avant de lancer son initiative.

L'utilisation des données des patients à des fins de recherche implique en principe une information claire et un droit d'opposition préalable. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), qui veille au respect de ces règles, pourrait être amenée à se prononcer sur le dispositif mis en place.

Des enjeux éthiques et pratiques

Le recours à des données de santé réelles pour l'entraînement d'IA suscite un débat récurrent sur l'équilibre entre innovation médicale et respect de la vie privée. Les défenseurs de ces projets mettent en avant les progrès potentiels en matière de diagnostic et de personnalisation des soins. Les sceptiques pointent quant à eux le risque d'un usage commercial détourné ou d'une fuite de données.

Doctolib, qui traite des millions de rendez-vous chaque mois, se positionne comme un acteur central du système de santé numérique français. L'annonce de ce projet de recherche intervient alors que l'entreprise cherche à diversifier ses activités et à renforcer sa valeur ajoutée technologique, sans pour autant préciser un calendrier de déploiement des éventuels outils issus de ces travaux.

Comment procéder concrètement

Pour les utilisateurs qui souhaitent s'opposer à l'utilisation de leurs données, la marche à suivre est la suivante :

  • Se connecter à son compte Doctolib (application mobile ou site web).
  • Accéder aux paramètres ou à la rubrique « Mon compte ».
  • Rechercher la section relative à la confidentialité ou aux préférences de données.
  • Désactiver l'option « Recherche et innovation » ou l'équivalent proposé.

Il est recommandé de vérifier régulièrement les mises à jour des conditions d'utilisation, car les options peuvent évoluer avec le temps. En cas de difficulté ou de question, les utilisateurs peuvent contacter le service client de l'entreprise ou saisir la CNIL.

L'entreprise s'engage à ne pas utiliser les données des patients ayant exercé leur opposition après la date de prise en compte de leur demande, mais ne peut garantir le retrait des données déjà traitées dans les modèles d'IA en cours d'apprentissage.

Prochaines étapes

Doctolib n'a pas encore communiqué de date précise pour le début effectif du projet ni pour la publication des premiers résultats. L'initiative devrait se dérouler en collaboration avec des partenaires académiques ou hospitaliers, sans que ces derniers aient été nommés à ce stade. Le projet s'inscrit dans une dynamique plus large de déploiement de l'intelligence artificielle dans le secteur de la santé, où plusieurs acteurs français et internationaux explorent des voies similaires.