Un paradoxe sanitaire

La France a enregistré en 2025 un nombre record de greffes d’organes, avec 6 148 interventions, selon le dernier bilan de l’Agence de la biomédecine. Ce chiffre, le plus élevé jamais atteint, témoigne des progrès médicaux et de l’engagement des équipes hospitalières. Pourtant, cette performance est ternie par une réalité persistante : faute de donneurs suffisants, 966 personnes sont décédées l’an dernier en attendant une greffe qui n’est jamais arrivée. Au 1er janvier 2026, 23 294 patients étaient toujours inscrits sur la liste d’attente, dont près de 12 000 en « attente active », c’est-à-dire immédiatement éligibles à une transplantation.

Un don par défaut… trop souvent ignoré

Depuis la loi de 1976, le principe du consentement présumé s’applique en France : toute personne est considérée comme donneur potentiel, sauf si elle a exprimé son refus de son vivant, via le Registre national des refus. En pratique, les soignants doivent interroger les proches d’un défunt pour vérifier qu’il ne s’opposait pas au don. Or, lorsqu’aucune conversation n’a eu lieu sur le sujet, le doute s’installe. Dans plus d’un tiers des cas (37 %), la famille s’oppose au prélèvement, un taux en hausse. Cette situation est d’autant plus paradoxale que 8 Français sur 10 se disent favorables au don de leurs organes après leur mort, mais que moins d’un sur deux (49 %) a communiqué sa volonté à son entourage.

Des réticences chez les jeunes

Benoît Averland, directeur de la Direction du prélèvement et de la greffe à l’Agence de la biomédecine, a souligné que « les plus jeunes couches de la société » manifestent une « réticence » particulière au don d’organes. Un constat partagé par la directrice générale de l’agence, Marine Jeantet, pour qui « tout l’enjeu est de restaurer la confiance, d’expliquer ». Elle insiste sur la nécessité d’informer et de lever les malentendus qui entourent le processus, afin que chacun puisse faire connaître son choix à ses proches.

Un athlète témoigne

Porte-drapeau de cette cause, Pablo Faye, spécialiste du 110 mètres haies, a raconté son parcours. Alors qu’il souffrait d’une insuffisance rénale terminale, c’est sa mère, infirmière, qui a fait don d’un rein de son vivant. « Elle m’a offert bien plus qu’un organe, elle m’a offert une nouvelle vie », a-t-il déclaré. Depuis sa greffe, l’athlète a vu sa capacité de récupération « totalement changée » et vise désormais les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Il milite via son association « Une greffe pour la victoire » pour encourager le don, notamment vivant, qui représente environ 15 % des greffes rénales en France.

Un appel à la discussion

Cette 26e édition de la Journée nationale du don d’organes, de la greffe et de reconnaissance aux donneurs, instituée en 2000, vise précisément à favoriser le dialogue. L’Agence de la biomédecine appelle les Français à aborder le sujet en famille, pour éviter que le silence ne devienne un obstacle au don. En 2025, ce sont 1 590 personnes décédées qui ont permis, par leur générosité, de sauver des centaines de vies grâce à ces 6 148 greffes. Mais l’écart entre le nombre de donneurs potentiels et le nombre de patients en attente reste considérable.