La filière viticole française est de nouveau sous pression. Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a remis sur la table une menace qu'il avait déjà agitée par le passé : imposer des droits de douane de 100 % sur les vins et champagnes français. Cette mesure représenterait un coup dur pour un secteur qui exporte plus de 20 % de sa production vers les États-Unis, premier marché d'exportation pour les vins de Bordeaux, de Bourgogne ou de Champagne.
La menace américaine est directement liée à la taxe sur les services numériques (TSN) que la France applique aux géants de la tech, principalement américains (Google, Apple, Meta, Amazon). Donald Trump dénonce depuis des années ce qu'il considère comme une mesure discriminatoire envers les entreprises étasuniennes. Il a fixé un ultimatum : si Paris ne renonce pas à cette taxation, les vins et spiritueux tricolores se verraient frappés d'une surtaxe de 100 % à l'entrée sur le territoire américain.
Dans l'entourage du président français, on indique qu'Emmanuel Macron s'est entretenu avec Donald Trump et qu'il a promis une « discussion ferme » pour défendre les intérêts de la filière. L'Élysée n'a pas précisé la date exacte de cet échange, mais assure que le chef de l'État abordera le sujet lors de ses prochaines interactions avec son homologue américain. Pour Paris, la taxe numérique est une question de souveraineté fiscale et de justice entre les entreprises traditionnelles et les géants du numérique, qui paient souvent moins d'impôts en Europe.
Un précédent douloureux pour les viticulteurs
Cette menace n'est pas inédite. En 2019, déjà, Donald Trump avait brandi la menace de droits de douane de 100 % sur les vins français, en riposte à la taxe numérique. Les tensions s'étaient finalement apaisées après un accord à l'OCDE sur une taxation minimale des multinationales, mais le dossier n'a jamais été totalement clos. Aujourd'hui, alors que les négociations multilatérales piétinent et que Donald Trump a repris les rênes de la présidence américaine avec une ligne dure sur le commerce, le spectre de représailles commerciales unilatérales refait surface.
Les professionnels du vin sont dans l'attente d'une issue diplomatique. Interrogés, plusieurs représentants de la filière viticole française expriment leur inquiétude : une taxation de 100 % rendrait les vins français quasiment invendables aux États-Unis, où ils seraient alors concurrencés par des productions locales ou d'autres pays exportateurs (Italie, Espagne, Australie). Les pertes se chiffreraient en centaines de millions d'euros.
Un bras de fer diplomatique et commercial
En coulisses, les équipes des deux présidents tentent de trouver une issue. Du côté français, on espère que la fermeté affichée par Emmanuel Macron permettra d'obtenir une suspension de la menace sans avoir à céder sur le principe de la taxe numérique. Certains observateurs estiment que Donald Trump pourrait utiliser cette menace comme un levier pour obtenir des concessions sur d'autres dossiers, comme l'accès au marché européen pour les produits agricoles américains ou la participation de la France à des projets d'infrastructure aux États-Unis.
Le gouvernement français, par la voix de son ministre de l'Économie, a également rappelé que l'Union européenne se tient prête à répliquer si des sanctions américaines étaient effectivement imposées. Bruxelles pourrait alors riposter par des droits de douane ciblés sur des produits symboliques américains, comme cela avait été envisagé lors des précédentes crises commerciales.
En attendant, les producteurs de vin français retiennent leur souffle. La période des vendanges approche, et les contrats d'exportation pour les mois à venir pourraient être gelés en cas de confirmation de la menace américaine. Les prochaines semaines s'annoncent décisives pour déterminer si ce nouvel épisode de tension commerciale se conclura par une négociation apaisée ou par une guerre tarifaire dommageable pour les deux parties.