La tension commerciale entre Paris et Washington connaît un nouveau pic. Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, a remis sur la table la menace d'imposer des droits de douane de 100 % sur les vins français. Cette mesure, déjà évoquée par le passé, viserait à faire pression sur la France pour qu'elle abandonne sa taxe sur les services numériques, un impôt que l'administration américaine juge discriminatoire envers les géants technologiques du pays.

Emmanuel Macron a réagi en annonçant qu'il aura une « discussion ferme » avec son homologue américain. Le président français a souligné que la taxe numérique est une question de souveraineté fiscale et qu'il n'entend pas céder à ce qu'il considère comme un chantage commercial.

Un secteur viticole sous pression

Les producteurs français de vin sont particulièrement exposés. Les États-Unis représentent le premier marché d'exportation pour les vins de Bordeaux, de Bourgogne et de Champagne, avec plus de 20 % de la production nationale écoulée outre-Atlantique. Une taxation à 100 % rendrait les bouteilles françaises inabordables pour les consommateurs américains, provoquant un effondrement des ventes.

La menace n'est pas nouvelle. Sous son premier mandat, Donald Trump avait déjà brandi la menace de sanctions commerciales contre les produits français en réponse à la taxe Gafa. Cette fois, le ton se fait plus pressant, alors que les négociations internationales sur la fiscalité du numérique n'ont pas abouti à un consensus.

Un conflit aux dimensions multiples

Au-delà du vin, ce bras de fer s'inscrit dans une série de différends commerciaux entre les deux pays. La décision de Donald Trump de relancer les droits de douane sur l'acier et l'aluminium européens a déjà tendu les relations. La question de la taxe numérique ajoute une couche supplémentaire de friction.

Paris défend cet impôt comme un moyen de faire contribuer les grandes entreprises technologiques, qui réalisent des bénéfices substantiels en Europe tout en payant peu d'impôts grâce à des optimisations fiscales. Les États-Unis y voient une atteinte à leurs entreprises et une distorsion de concurrence.

Les modalités de la « discussion ferme » promise par Emmanuel Macron restent floues. Aucune date n'a été officiellement proposée pour un entretien direct, mais les conseillers diplomatiques des deux présidents semblent travailler à organiser un contact dans les prochains jours.

En attendant, les viticulteurs français retiennent leur souffle. Les exportations de vin vers les États-Unis représentent plusieurs centaines de millions d'euros par an, et les caves françaises dépendent fortement de ce marché. Une imposition à 100 % serait un coup dur pour une filière déjà confrontée à une baisse de la consommation intérieure et à une concurrence internationale accrue.

Les organisations professionnelles du secteur ont appelé le gouvernement à tout mettre en œuvre pour éviter une escalade dont les conséquences seraient désastreuses pour des milliers d'exploitations, notamment dans les régions de Bordeaux, de Bourgogne et de Champagne.

Un précédent inquiétant

Donald Trump a déjà utilisé la menace de droits de douane punitifs comme levier de négociation. En 2019, il avait menacé d'imposer des taxes sur le champagne et les fromages français en représailles à la taxe numérique. L'accord trouvé in extremis avait évité le pire, mais la trêve n'avait pas duré.

Aujourd'hui, le contexte est différent. Le retour du milliardaire à la Maison-Blanche, après une campagne marquée par un discours protectionniste, laisse présager une ligne dure sur le commerce international. Les observateurs craignent que le dossier du vin ne soit qu'un premier pas vers une confrontation commerciale plus large.

Emmanuel Macron, de son côté, mise sur le dialogue direct pour désamorcer la crise. Ses proches assurent qu'il a toujours su établir une relation de travail pragmatique avec son homologue américain, même lorsque les divergences sont profondes. Reste à savoir si la « discussion ferme » suffira à convaincre Donald Trump de renoncer à ses menaces.