L'immense incendie qui a parcouru la Drôme pendant près d'un mois est désormais fixé, mais les stigmates restent vifs. Le feu, qui a détruit plus de 4 400 hectares de forêt dans le massif du Justin, a été maîtrisé jeudi 16 juillet, après avoir menacé plusieurs hameaux du Diois. Si la priorité accordée à la sécurité des personnes et des biens est saluée par les autorités, la gestion des moyens aériens, en particulier l'arrivée tardive des Canadairs, suscite un profond mécontentement parmi les riverains.
Des Canadairs redirigés vers la Corse
Les premières flammes, provoquées par des orages le 24 juin, avaient dans un premier temps été éteintes par plusieurs passages de bombardiers d'eau. Mais, une semaine plus tard, le feu a repris et s'est rapidement propagé dans la montagne. Les moyens mobilisés n'ont pas suffi à le contenir. Le point de bascule est survenu mardi 7 juillet : alors que l'incendie prenait de l'ampleur dans la Drôme, les Canadairs attendus dans le département ont été redirigés vers la Corse pour combattre un feu naissant à Vero. Cette décision, conforme à la doctrine nationale d'intervention qui priorise les feux naissants et la protection des vies humaines, est vécue localement comme un abandon.
« Je n'aimerais pas être à leur place et devoir prioriser les zones d'intervention », confie un habitant du hameau de Chapias. Alexandre Bringard, résident de Die, décrit un « théâtre de guerre » dans son vallon : « entre la rotation des bombardiers, des Dash, des Puma et les quasi 200 véhicules qui passaient par le chemin jour et nuit ». Malgré ces moyens terrestres, la forêt a brûlé sans pouvoir être sauvée.
« Ils ont laissé brûler »
Dans le Diois, le sentiment de colère alterne avec la compassion pour les pompiers. « Ils ont laissé brûler », déplore une habitante. Une autre ajoute : « Certaines zones de montagne étaient trop inaccessibles pour les moyens au sol. Les pompiers ont dû attendre que le feu descende pour tenter de l'éteindre. » Un sapeur-pompier, s'exprimant de manière anonyme, assume cette stratégie : « On défend les points sensibles que sont les habitations et les populations. L'objectif, c'est que le feu reste confiné dans son enveloppe mais on ne va pas prendre des risques inouïs pour défendre quelques hectares de forêt. »
Catherine Zeig, une habitante du secteur, résume le paradoxe : « J'ai beaucoup d'empathie pour les pompiers et en même temps j'ai aussi beaucoup d'insatisfaction sur la manière dont ça a été géré. » Ancienne Parisienne installée dans cette vallée « très défavorisée », elle insiste : « C'est la valeur du Diois, ses beaux espaces. Il faut les protéger. »
Le bilan environnemental en suspens
Alors que les pompiers restent en alerte pour d'éventuelles reprises de flammes, les dégâts écologiques sont encore mal mesurés. La priorité donnée aux habitations a conduit, selon les habitants, à « sacrifier » la forêt et sa faune. Un mois après le déclenchement des premiers feux, la population locale pleure son patrimoine naturel, tandis que la question des moyens alloués à la lutte contre les incendies forestiers reste posée.
Le report des Canadairs vers d'autres départements, justifié par une pénurie nationale d'avions bombardiers d'eau, a ravivé les critiques sur la doctrine d'intervention en vigueur. Celle-ci, qui établit une hiérarchie stricte entre protection des personnes, des biens et des espaces naturels, est de moins en moins acceptée par les habitants des zones rurales, où la forêt constitue à la fois un cadre de vie et une ressource économique.