La direction d'EasyJet a qualifié de « hautement opportuniste » la démarche du fonds d'investissement américain Castlelake, qui a fait part de son intention de déposer une offre de rachat sur la compagnie aérienne low-cost. Cette réaction, consignée dans un communiqué officiel, traduit une ferme opposition du conseil d'administration à une cession au vu des conditions actuelles du marché.
Une approche jugée prématurée
Selon des sources proches du dossier, Castlelake, qui détient déjà une participation minoritaire dans EasyJet, aurait approché la direction avec une proposition non sollicitée. Le conseil d'administration a estimé que le calendrier retenu par le fonds était « hautement opportuniste », une expression qui, selon des analystes, vise à souligner que la valorisation proposée ne tient pas compte du potentiel de reprise du transporteur.
La réaction modérée du marché boursier, où le titre EasyJet n'a progressé que d'environ 10 % après l'annonce, suggère que les investisseurs restent sceptiques quant à la probabilité de concrétisation de l'offre. Les analystes estiment qu'un écart de valorisation significatif sépare les deux parties : Castlelake évaluerait la compagnie principalement sur la base de ses actifs tangibles (flotte d'appareils, commandes d'avions et créneaux de décollage dans les aéroports), tandis que la direction met en avant la valeur de la marque, le réseau et le potentiel de bénéfices futurs.
La stratégie autonome comme rempart
Le conseil d'administration a réaffirmé sa confiance dans la stratégie actuelle de l'entreprise. Celle-ci repose sur le développement de son réseau de vols, la rationalisation des coûts et la conquête de parts de marché sur le segment loisirs, où la demande post-pandémie reste soutenue. Les dirigeants estiment que les perspectives du secteur aérien européen pourraient s'améliorer sensiblement dans les prochains mois, notamment en fonction de l'évolution du prix du carburéacteur, qui dépend en grande partie de la résolution du conflit au Proche-Orient, et des performances de la prochaine saison estivale.
Un obstacle de taille : le fondateur Stelios Haji-Ioannou
Toute tentative de rachat pourrait également se heurter à l'opposition du fondateur d'EasyJet, Stelios Haji-Ioannou. Ce dernier, qui contrôle encore une part significative du capital via sa société holding easyGroup, a historiquement bloqué ou contesté des décisions stratégiques qu'il jugeait contraires aux intérêts de la compagnie ou à sa vision entrepreneuriale. Son influence pourrait constituer un obstacle de poids pour Castlelake, qui devrait obtenir l'approbation d'une majorité qualifiée d'actionnaires pour mener à bien son projet.
Des règles de propriété sous surveillance
Par ailleurs, la législation britannique et européenne impose des restrictions strictes sur la propriété et le contrôle des compagnies aériennes. Tout acquéreur doit notamment garantir que la compagnie reste contrôlée par des ressortissants de l'Espace économique européen pour conserver ses droits de trafic intra-européens. Castlelake, en tant que fonds basé aux États-Unis, devrait probablement structurer son offre de manière à respecter ces contraintes, ce qui complique encore le montage financier.
Des précédents qui incitent à la prudence
L'histoire récente du transport aérien européen compte plusieurs tentatives de rapprochement qui ont échoué, faute d'accord sur le prix ou en raison de blocages réglementaires. Le conseil d'administration d'EasyJet semble déterminé à ne pas reproduire des schémas qu'il juge défavorables aux actionnaires de long terme.
La situation reste donc ouverte, mais la position ferme adoptée par la direction, conjuguée aux incertitudes géopolitiques et réglementaires, rend peu probable une issue rapide. Les investisseurs et observateurs suivront de près l'évolution des discussions, ainsi que les prochains résultats trimestriels de la compagnie, qui pourraient renforcer ou affaiblir la position de négociation de chaque camp.