Le gouvernement israélien a franchi un seuil inédit en refusant de se conformer à un arrêt de la Cour suprême, déclenchant une crise politique et institutionnelle majeure. Cette annonce, intervenue à moins de quatre mois des élections législatives, marque une escalade dans le bras de fer que mène le Premier ministre Benyamin Netanyahou contre l'appareil judiciaire.

Le différend porte sur la composition de l'autorité de régulation des médias privés, chargée de superviser la télévision et la radio. L'exécutif souhaite nommer des membres qui lui sont favorables, afin de prendre le contrôle de cet organisme. Cette offensive vise notamment à bloquer le rachat de la chaîne « 13 » par un groupe d'entrepreneurs issus du secteur des hautes technologies, dont la ligne éditoriale est considérée comme hostile au gouvernement, tout en accordant des facilités à une autre chaîne, la « 14 », réputée proche de la majorité.

Pour la première fois dans l'histoire du pays, le gouvernement a proclamé qu'il ne respecterait pas une décision de la Cour suprême, qui cumule en Israël les attributions du Conseil constitutionnel, de la Cour de cassation et du Conseil d'État. Cette rupture avec la tradition juridique a suscité une onde de choc.

Des menaces de poursuivre l'offensive judiciaire

Les membres du gouvernement ne cachent pas leur intention d'aller plus loin. Le ministre des Communications, Shlomo Karhi, a indiqué que ce précédent pourrait être utilisé « à l'avenir pour annuler rétroactivement des décisions et des actions illégales de la Cour suprême », remettant ainsi en cause l'équilibre des pouvoirs. Le ministre de la Justice, Yariv Levin, a renchéri en affirmant que « la Cour suprême n'est pas au-dessus des lois, et ne peut pas imposer sa volonté à la Knesset et au gouvernement ». Il a prévenu : « Ce n'est qu'un début, à chaque fois que la Cour suprême prendra une décision contraire à la loi, nous n'obéirons qu'à la loi. »

Une opposition unanime et alarmiste

La réaction du camp d'en face a été immédiate et d'une rare vigueur. Le président de l'État, Isaac Herzog, pourtant connu pour sa prudence, a déclaré que « refuser de se conformer à une décision de la justice constitue une ligne rouge, qui ne doit en aucun cas être franchie ». La procureure générale, Gali Baharav-Miara, a estimé que ce « coup de force du gouvernement sape les principes fondamentaux de l'État de droit en créant un dangereux précédent ». L'avocat Amit Becher, président du barreau israélien, a lié cette décision à une attaque contre la liberté de la presse.

Dans l'opposition, les responsables politiques ont haussé le ton. Naftali Bennett, figure de l'opposition, a brandi le spectre de « l'anarchie dans les rues et l'effondrement de l'État de droit ».

Cette dérive illibérale, dans un contexte électoral tendu, fait craindre une fragmentation accrue de la société israélienne et un affaiblissement durable de ses institutions démocratiques.