Un polar à la lisière de Lisbonne
Avec « Entroncamento », le cinéaste Pedro Cabeleira propose une chronique de la petite délinquance dans une localité située en périphérie de Lisbonne. Le long-métrage, qui prend l’affiche le 1er juillet, suit les activités d’un groupe de délinquants évoluant dans un univers de trafics et d’impasses existentielles. Le réalisateur décrit son œuvre comme un « gangsta film » version portugaise, subvertissant les codes virilistes habituels du genre.
Un couple à la ville comme à l’écran
Pedro Cabeleira partage la vie d’Ana Vilaça, qui interprète le rôle principal féminin. Dans un entretien, le réalisateur confie : « Je n’ai jamais été gangster mais je connais bien les gens que je filme. » Cette déclaration témoigne de son ancrage dans le territoire qu’il met en scène, une petite ville portugaise où le trafic de stupéfiants et la culture rap constituent l’ordinaire d’une jeunesse marginalisée.
Une esthétique du réel
Le récit se déploie dans des décors nocturnes, filmés avec une rigueur quasi documentaire. Le critique Vincent Ostria souligne que le rap et le trafic de drogue sont devenus « l’espéranto de toutes les cités du monde ». Le film évite les poncifs héroïques pour dresser le portrait d’une délinquance de survie, sans glamour ni justification morale.
Subversion des clichés du film de gangsters
« Entroncamento » revisite les codes du polar traditionnel en déjouant les attentes liées à la masculinité imposée. Les personnages féminins, notamment celui incarné par Ana Vilaça, échappent aux rôles de faire-valoir habituels. Le film interroge ainsi les rapports de pouvoir et les assignations de genre dans un milieu où la violence et le silence règnent.
Un regard social sur les marges portugaises
Au-delà du genre policier, le long-métrage propose une radiographie sociale d’une jeunesse portugaise abandonnée par les politiques publiques. Entroncamento, ville réelle de la région de Santarém, symbolise cette périphérie où l’ennui et le manque de perspectives nourrissent les trafics. Pedro Cabeleira, originaire de cette zone, offre un point de vue intime, évitant l’exotisme misérabiliste.
Une sortie attendue
Le film sort en salles le 1er juillet après avoir été présenté dans plusieurs festivals internationaux. Il bénéficie d’un accueil critique favorable, saluant la direction d’acteurs et la photographie sobre mais efficace. Ana Vilaça et Pedro Cabeleira, couple à la ville, poursuivent ainsi une collaboration artistique qui mêle intimité et cinéma social.