Plus de 4,1 millions d’affaires de fraude ayant abouti à un préjudice financier ont été enregistrées au Royaume-Uni l’an dernier, selon un rapport annuel publié par UK Finance, l’organisme professionnel du secteur bancaire. Ce chiffre représente une hausse de 11 % par rapport à l’année précédente et une progression de 31 % sur deux ans. Près de 1,3 milliard de livres sterling (environ 1,5 milliard d’euros) ont été dérobés par des escrocs en 2025, précise la même source.

Les auteurs de ces actes exploitent désormais l’intelligence artificielle pour amplifier leurs manœuvres. Les banques signalent que des criminels utilisent des technologies de clonage vocal pour imiter des célébrités, mais aussi des proches de leurs cibles, rendant les arnaques plus crédibles et plus difficiles à détecter. L’IA permet de démultiplier le volume des fraudes tout en les personnalisant, ce qui accroît la vulnérabilité des personnes contactées, même lorsqu’elles ne se considèrent pas comme naïves.

Les escroqueries aux investissements ont bondi de 40 % en un an, atteignant un nouveau record, tandis que les achats frauduleux réalisés avec des données bancaires volées ont également grimpé à des niveaux inédits. Les pertes liées aux seuls placements frauduleux dépassent désormais 220 millions de livres sterling, selon les données compilées par UK Finance.

Les arnaques sentimentales connaissent une recrudescence inquiétante. Les fraudeurs créent de faux profils sur les réseaux sociaux et les sites de rencontre afin d’établir une relation de confiance, puis de soutirer de l’argent à leurs victimes. UK Finance rapporte des cas où des escrocs ont poussé le stratagème jusqu’à épouser une personne pour continuer à lui dérober des fonds.

Témoignages de victimes Julie Osgood, une sexagénaire, a raconté avoir été confrontée à quatre profils suspects dès ses premières connexions sur une plateforme de rencontres. Elle a pu éviter le piège, mais d’autres n’ont pas eu cette chance.

Kirsty Guest, fleuriste dans le Yorkshire du Nord, a perdu 80 000 livres sterling après avoir rencontré un homme se faisant appeler Patrick sur une application de rencontres. Leur relation a duré plusieurs mois, mais le prétendu compagnon utilisait en réalité les photos d’un tiers innocent. « Ce sont des professionnels, ils gagnent des sommes colossales. Ils sont intelligents dans ce qu’ils font », a-t-elle déclaré.

Les banques appellent à une régulation renforcée des plateformes numériques Face à l’ampleur du phénomène, le secteur financier estime ne pas pouvoir endiguer seul la vague. « Un clic et vous pouvez perdre toutes vos économies », a prévenu Ruth Ray, directrice générale de la lutte contre la criminalité économique chez UK Finance. Elle réclame « des responsabilités plus fortes et exécutoires » pour les entreprises technologiques, notamment les réseaux sociaux et les places de marché en ligne. Ces obligations pourraient concerner le retrait des publicités frauduleuses, la vérification des vendeurs ou la mise en place de systèmes de paiement sécurisés.

Paul Davis, responsable de la criminalité économique chez Barclays, a souligné que « l’impact va au-delà de la perte financière ; il peut causer un préjudice émotionnel énorme, laissant les victimes accablées par la culpabilité et la honte ».

Des chiffres sous-estimés ? Les experts estiment que la majorité des escroqueries ne sont pas signalées, ce qui signifie que les statistiques officielles ne reflètent qu’une partie de la réalité. Le rapport d’UK Finance, qui compile les données bancaires, constitue néanmoins l’évaluation la plus complète des pertes liées à la fraude au Royaume-Uni.

Un cadre de remboursement en place Dans le cas des fraudes dites « de paiement autorisé push » (APP), où la victime est trompée pour autoriser un virement, la plupart des lésés disposent désormais d’un droit légal au remboursement par leur banque. Cette mesure vise à mieux protéger les consommateurs face à des techniques d’escroquerie de plus en plus sophistiquées.