Les services antiterroristes français ont déjoué une tentative d'espionnage visant un fabricant de drones militaire situé en région toulousaine. Un homme de 48 ans, né en Biélorussie, a été interpellé le 3 juin dernier alors qu'il filmait un prototype dans les locaux de l'entreprise Delair, à Labège, a confirmé le parquet de Paris dans un communiqué relayé vendredi.
L'individu a été placé en détention provisoire et mis en examen pour « livraison d'informations à une puissance étrangère » – un crime passible de quinze ans de réclusion – ainsi que pour association de malfaiteurs. L'enquête, confiée à un juge d'instruction parisien, a été ouverte le 5 juin pour « atteintes aux intérêts fondamentaux de la Nation ».
Un lien présumé avec la Russie
Selon les premiers éléments de l'enquête menée par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le suspect aurait filmé un prototype de drone avant d'envoyer la vidéo à un interlocuteur basé en Russie. « Les investigations diligentées par la DGSI ont établi qu'il aurait envoyé une vidéo à un interlocuteur en Russie », a précisé le parquet de Paris. L'homme résidait habituellement en Espagne et s'était rendu spécialement dans le sud-ouest de la France, d'après une source proche du dossier.
Deux jours avant l'arrestation, des cocktails Molotov lancés contre le site
L'affaire prend une dimension supplémentaire avec la révélation que l'usine Delair avait déjà été prise pour cible deux jours avant l'interpellation. Des cocktails Molotov avaient été lancés contre le bâtiment. Le procureur de la République de Toulouse, David Charmatz, a indiqué vendredi soir qu'une enquête avait été ouverte pour « destruction par moyen dangereux pour les personnes ». Il n'a toutefois pas précisé si cet incident était directement lié à l'espionnage présumé.
Delair, un fleuron français exposé
Fondée il y a quinze ans, l'entreprise Delair est un acteur majeur du drone militaire en France. Elle emploie 250 personnes et a réalisé un chiffre d'affaires de 50 millions d'euros en 2025. La société développe plusieurs générations de drones aériens et sous-marins, utilisés pour la défense, la sécurité et la surveillance industrielle. Plus de 3 000 de ses appareils sont déployés dans le monde. Delair fournit notamment les armées française et ukrainienne, ce qui lui confère une exposition dans le cadre du conflit ukrainien.
Interrogé par l'AFP, Stéphane Douce, responsable des relations presse de Delair, a simplement déclaré : « Les autorités compétentes ont pris le dossier en main, nous n'avons pas de commentaires à faire. »
Enquête judiciaire en cours
L'information judiciaire ouverte par le parquet de Paris couvre plusieurs infractions, dont la livraison d'informations à une puissance étrangère et l'association de malfaiteurs. L'homme mis en examen reste en détention provisoire en attendant la suite des investigations. Les autorités n'ont pas communiqué sur d'éventuels complices ni sur la nature exacte des informations filmées. L'enquête devra déterminer l'ampleur du préjudice potentiel pour la sécurité nationale.