Un homme suspecté d’avoir espionné une usine de drones située à Labège, en Haute-Garonne, a été mis en examen puis incarcéré au début du mois de juin, a fait savoir le parquet de Paris. L’individu, âgé de 48 ans et originaire de Biélorussie, avait été interpellé le 3 juin dernier, alors qu’il filmait un prototype de drone conçu par une entreprise qui fournit aussi bien l’armée française que les forces ukrainiennes, selon les précisions fournies par le ministère public.

Ce fait divers s’inscrit dans un contexte plus vaste d’opérations clandestines imputées à la Russie sur le continent européen. Depuis le début du conflit en Ukraine, en février 2022, Moscou est accusé de mener une guerre hybride visant à affaiblir le soutien à Kiev. Selon un groupe de réflexion britannique, pas moins de 267 actions de ce type auraient été recensées en Europe, ciblant des infrastructures critiques – militaires, énergétiques, industrielles, de transport, de communication ou encore de santé.

La France n’a pas été épargnée par ces menaces. Plus de vingt incidents y ont été dénombrés en trois ans et demi. Parmi eux, un piratage informatique a visé un moulin de la Marne, les attaquants ayant cru s’en prendre à un barrage situé dans l’Yonne. En Allemagne, en mai 2024, un incendie criminel a ravagé l’usine Diehl Metal Applications à Berlin, fournisseur de systèmes de défense antiaérienne à l’Ukraine ; les services de renseignement occidentaux ont attribué cet acte à la Russie. En Roumanie, en février de la même année, une centaine d’hôpitaux ont été paralysés par une cyberattaque utilisant un rançongiciel développé par des pirates russophones. En juillet 2025, un courrier en provenance de Russie adressé au Premier ministre grec a été intercepté à Athènes, contenant une poudre blanche.

Une multiplication des incursions aériennes

Par ailleurs, les armées européennes ont signalé de multiples violations d’espace aérien. Une vingtaine de drones ont été abattus en Pologne ; trois avions de chasse ont pénétré l’espace aérien estonien pendant douze minutes ; un drone a survolé le ciel roumain ; et des aéroports danois ont fait l’objet de survols répétés. Une explosion a également détruit une voie ferrée entre Varsovie et Lublin, voie qui relie la Pologne à l’Ukraine. Le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a estimé que « le message est clair : la Russie teste l’UE et l’OTAN ».

L’arrestation du ressortissant biélorusse près de Toulouse s’ajoute donc à une série d’actes que les autorités considèrent comme des tentatives de déstabilisation. L’enquête, confiée à la juridiction nationale chargée de la lutte contre la criminalité organisée, devra déterminer l’étendue de ses activités et ses éventuels liens avec des réseaux étrangers.