Le département américain de la Défense a hissé l'évaluation de la menace d'espionnage posée par Israël au niveau le plus élevé, qualifié de « critique », selon des documents officiels et des témoignages de responsables américains actuels et anciens. Cette reclassification, opérée par l'Agence de renseignement de la Défense (DIA), marque une détérioration significative de la confiance entre les deux alliés.
Des cibles précises au sein de l'administration américaine
L'alerte repose sur des informations faisant état d'une intensification des efforts des services de renseignement israéliens pour surveiller des membres du personnel militaire américain, des fonctionnaires du gouvernement et les discussions stratégiques. Les préoccupations se concentrent particulièrement sur les responsables qui façonnent la politique de Washington à l'égard de Téhéran, alors que les deux États ennemis poursuivent des négociations visant à mettre fin au conflit en cours.
Selon les évaluations, l'augmentation de la surveillance israélienne a ciblé ces dernières semaines plusieurs hauts responsables américains, parmi lesquels l'envoyé spécial et principal négociateur Steve Witkoff, le plus haut responsable politique du Pentagone, Elbridge A. Colby, ainsi que l'un de ses adjoints, Michael P. DiMino IV. Witkoff avait mené les pourparlers nucléaires avant le lancement de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran fin février.
Des méthodes intrusives et une chronologie inquiétante
Les rapports font également état d'incidents au cours desquels des personnels de la Défense américaine en poste en Israël auraient découvert que des logiciels espions avaient été installés à leur insu sur leurs téléphones, permettant d'intercepter leurs communications. Un tel procédé dépasse les pratiques de collecte de renseignement considérées comme acceptables entre alliés.
Les analyses de la DIA indiquent que les activités d'espionnage israéliennes, qui existaient déjà auparavant, se sont intensifiées à partir de la fin de l'année 2024. Cette période coïncide avec le renforcement de la pression exercée par l'administration Biden sur Israël au sujet de sa campagne militaire à Gaza. La tendance s'est poursuivie après l'élection de Donald Trump à un second mandat en novembre 2024 et la mise en place de sa nouvelle politique envers l'Iran.
Un contexte de tensions diplomatiques
Cette affaire s'inscrit dans un climat de divergence croissante entre le président américain Donald Trump et le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Alors que Washington cherche à se désengager du conflit sous la pression politique intérieure, Israël continue de pousser pour un renversement du gouvernement iranien. Des tensions récentes ont éclaté au sujet de l'escalade israélienne au Liban, Trump pressant Netanyahou de cesser les frappes, lesquelles compromettent un accord potentiel avec Téhéran.
Démenti formel d'Israël
Les autorités israéliennes ont formellement démenti ces accusations. L'ambassade d'Israël à Washington a qualifié les allégations de « complètement fausses », affirmant que le pays ne mène pas d'opérations d'espionnage contre des responsables américains ou des institutions américaines. Malgré ces dénégations, la confiance entre les deux capitales semble entamée, alors que la coopération en matière de sécurité et de renseignement reste pourtant l'un des piliers de leur alliance.