Le Département de la Défense américain a relevé en catégorie la plus élevée le niveau de menace liée aux activités d'espionnage israéliennes contre les États-Unis, selon des responsables américains actuels et un ancien haut responsable. Le changement, intervenu ces dernières semaines au sein de la Defense Intelligence Agency (DIA), fait passer l'alerte de « élevée » à « critique », soit le seuil maximal.
Des craintes liées aux négociations sur l'Iran
Les inquiétudes portent sur une intensification des tentatives israéliennes d'obtenir des renseignements sur les délibérations internes de l'administration américaine, notamment sur les stratégies de sortie de la guerre engagée avec l'Iran fin février. La DIA craint que les services de renseignement israéliens cherchent à infiltrer les communications de hauts responsables de l'exécutif afin d'anticiper les décisions de Washington dans les pourparlers de cessez-le-feu.
Selon des sources proches du dossier, les cibles potentielles incluraient l'envoyé spécial du président Donald Trump, Steve Witkoff, qui a mené les discussions nucléaires précédant le déclenchement des hostilités, ainsi que deux hauts responsables du Pentagone : Elbridge Colby, chargé de la politique, et son adjoint Michael DiMino IV. Ces noms ont été cités dans des évaluations récentes du contre-espionnage américain.
Divergences entre Washington et Jérusalem
Cette revalorisation de la menace intervient dans un contexte de tensions croissantes entre le président Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Le chef de la Maison-Blanche a publiquement exprimé son souhait de mettre fin au conflit iranien, sous la pression politique intérieure, tandis que le dirigeant israélien plaide pour une reprise des opérations militaires, malgré une trêve entrée en vigueur le 8 avril. Les discussions en vue d'un accord durable piétinent.
L'administration américaine s'était déjà montrée agacée par l'ampleur des campagnes militaires israéliennes. Un rapport du New York Times, citant des sources, précise que la DIA a observé une recrudescence des activités d'espionnage à partir de la fin 2024, alors que l'administration Biden intensifiait ses pressions sur Israël au sujet de la guerre à Gaza. Cette tendance s'est poursuivie en 2025, après le retour de Donald Trump à la présidence et le début des réflexions sur l'approche à adopter vis-à-vis de l'Iran.
Incidents passés
Des exemples concrets de ces menaces ont été documentés. En 2021, le renseignement militaire israélien aurait tenté d'installer des dispositifs d'écoute au siège de la DIA. En 2025, le Shin Bet, l'agence de sécurité intérieure israélienne, aurait cherché à placer un appareil similaire dans un véhicule du Secret Service. Ces faits, rapportés par la presse américaine, illustrent une agressivité jugée inédite par les responsables américains interrogés.
Démenti officiel
Le Pentagone a opposé un démenti catégorique à ces révélations. Un porte-parole, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a qualifié les informations de « fausses ». Aucun commentaire officiel supplémentaire n'a été fourni.
Implications pour la relation bilatérale
Ces révélations surviennent alors que le Congrès américain examine une section d'un nouveau projet de loi sur la défense qui prévoit d'intégrer de manière inédite les programmes de recherche et développement d'armements entre les deux pays. Bien que les alliés se livrent régulièrement à des opérations de renseignement mutuel, l'intensité et la nature des récentes actions israéliennes dépassent, selon plusieurs sources, le cadre habituel des pratiques de contre-espionnage entre partenaires.
La décision de la DIA place Israël à un niveau d'alerte supérieur à celui de tous les autres alliés actuels, et même à celui de pays aux relations plus tendues avec Washington. Cette situation pourrait compliquer les efforts pour maintenir la coopération militaire étroite entre les deux pays, alors que les divergences stratégiques sur l'Iran et Gaza s'accentuent.