Le projet d'euro numérique franchit une étape décisive. La commission des Affaires économiques du Parlement européen a adopté, mardi 24 juin 2026, sa position sur cette monnaie électronique publique. Ce vote constitue un préalable avant l'examen en séance plénière, programmé pour juillet 2026. Le texte, porté par la Banque centrale européenne, vise à offrir une alternative aux systèmes de paiement dominés par des acteurs privés.

Un projet pour réduire la dépendance aux géants américains du paiement

L'euro numérique est conçu pour coexister avec les espèces, sans les remplacer. L'objectif affiché par les institutions européennes est de renforcer l'autonomie financière de la zone euro. Actuellement, Visa et Mastercard concentrent 61 % des transactions par carte dans la zone euro, une situation que Bruxelles juge trop exposée aux décisions d'entreprises américaines. La création d'une monnaie numérique de banque centrale permettrait de diversifier les infrastructures de paiement et de garantir la souveraineté européenne en matière de transactions financières.

Confidentialité renforcée pour les paiements hors ligne

Le compromis adopté par les eurodéputés distingue clairement deux modes de paiement. Pour les transactions en ligne, l'euro numérique transiterait par un système basé sur des comptes, nécessitant une identification. En revanche, pour les paiements hors ligne, l'argent serait stocké directement sur un support physique, à l'image d'un porte-monnaie électronique. Cette modalité offrirait un niveau de confidentialité proche de celui des espèces, les données de transaction n'étant pas transmises à un serveur central. Les parlementaires ont insisté sur la nécessité de garantir la vie privée des utilisateurs, tout en respectant les obligations de lutte contre le blanchiment d'argent.

Plafonds de détention et rôle des banques précisés

Le texte approuvé fixe des limites à la détention d'euros numériques par les particuliers, afin d'éviter une fuite massive des dépôts bancaires vers la monnaie numérique publique. Les montants exacts n'ont pas été détaillés dans la position adoptée, mais l'équilibre entre accessibilité et stabilité financière a été au cœur des discussions. Par ailleurs, le rôle des banques commerciales a été clarifié : elles seront chargées de distribuer l'euro numérique, sans pouvoir facturer des frais excessifs aux utilisateurs. Les établissements bancaires ont exprimé leur crainte de voir leurs marges se réduire, mais le compromis prévoit une rémunération modérée pour leur service de distribution.

Calendrier : un vote en plénière en juillet, un déploiement en 2029

Après l'adoption en commission, le texte sera soumis au vote de l'ensemble des députés européens lors de la session plénière de juillet 2026. Si la position est confirmée, les négociations avec le Conseil de l'Union européenne pourront s'engager pour finaliser le cadre réglementaire. La Banque centrale européenne poursuit parallèlement les travaux techniques nécessaires à la mise en œuvre. Le lancement de l'euro numérique est attendu d'ici à 2029, sous réserve de l'achèvement des procédures législatives et des tests techniques.

Des enjeux de souveraineté et de protection des consommateurs

Ce projet dépasse la simple innovation technologique : il s'inscrit dans une stratégie plus large de renforcement de l'autonomie stratégique européenne. En proposant une monnaie numérique publique, l'Union européenne entend offrir aux citoyens une alternative aux solutions privées, tout en préservant la stabilité financière. Les défenseurs du texte soulignent que l'euro numérique pourrait faciliter les paiements transfrontaliers et réduire les frais pour les consommateurs. Les critiques, notamment du secteur bancaire, redoutent un déséquilibre concurrentiel ou une intrusion dans la vie privée si les garanties ne sont pas suffisantes. Le vote de juillet permettra de mesurer le niveau de soutien politique à ce projet ambitieux.