Alors que les chefs d’État et de gouvernement des sept grandes puissances industrielles se préparent à se réunir à Evian-les-Bains, en Haute-Savoie, la société civile exprime ses craintes. Plusieurs ONG estiment que des enjeux cruciaux ont été sciemment retirés de l’ordre du jour pour éviter de contrarier Donald Trump, le président des États-Unis, dont la propension à rompre les consensus multilatéraux est redoutée.

Des thèmes sensibles exclus

Selon des représentants d’organisations non gouvernementales interrogés ces derniers jours, les questions climatiques et l’aide au développement figurent parmi les dossiers «majeurs qui ont été écartés» du sommet. Les militants déplorent ce qu’ils qualifient d’«effondrement de la solidarité internationale», alors que les pays hôtes du G7 peinent à maintenir une ligne commune face aux positions unilatérales de Washington. La crainte de voir Donald Trump refuser de signer le communiqué final, comme il l’avait fait en 2018, ou quitter prématurément la réunion, à l’image de son départ anticipé du sommet au Canada l’année précédente, aurait poussé les organisateurs à éviter tout sujet potentiellement conflictuel.

Un sommet sous très haute surveillance

Le rendez-vous diplomatique, qui se tient du 15 au 17 juin dans la cité thermale française, mobilise un dispositif sécuritaire exceptionnel. Près de 16 000 policiers, gendarmes, militaires, pompiers et gardes-frontières sont déployés, avec des moyens navals, aériens et équestres. Les autorités suisses voisines, dont l’aéroport de Genève sert de porte d’entrée principale aux délégations, ont également renforcé leur sécurité, avec environ 4 000 militaires en appui des polices cantonales. La préfète de la Haute-Savoie, Emmanuelle Dubée, a justifié ce déploiement par «le risque lié au contexte international extrêmement tendu», la menace terroriste «majeure en France», ainsi que les risques de sabotage, d’attaque cyber et de troubles à l’ordre public.

Des restrictions fortes pour la population

Les habitants et les usagers de la zone subissent d’importantes contraintes. Une «zone rouge» a été instaurée autour du complexe hôtelier accueillant les délégations, où tout déplacement doit être justifié par un «pass G7». Une «zone bleue» élargie aux communes de Publier et Neuvecelle encadre également la circulation. Les épreuves du baccalauréat prévues à Evian aux mêmes dates ont été déplacées à Thonon-les-Bains, les lycéens y étant acheminés par des bus spéciaux sous escorte.

Les dossiers qui s’annoncent épineux

Malgré ces omissions dénoncées, plusieurs sujets brûlants restent à l’agenda. Les conflits au Moyen-Orient, en particulier la guerre déclenchée fin février par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ainsi que le blocage du détroit d’Ormuz, qui pèse lourdement sur l’économie mondiale en faisant flamber les prix du carburant, devraient occuper une large place des discussions. La question ukrainienne et les relations commerciales internationales figurent également parmi les priorités. Les Européens, les Canadiens et les Japonais, qui n’ont pas soutenu l’offensive iranienne, insisteront pour une réouverture rapide du détroit. Des représentants de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Qatar sont attendus mardi pour élargir les échanges. La régulation numérique sera aussi abordée.

L’ombre de Donald Trump

L’attitude du président américain, qui privilégie les initiatives unilatérales, reste la grande inconnue du sommet. Tout, dans l’organisation du rendez-vous, a été conçu pour le ménager, y compris l’évitement de sujets polémiques comme le climat. En 2018, il avait retiré son soutien au communiqué final du G7, et l’an dernier, il avait quitté prématurément le sommet au Canada tout en critiquant vertement le président français Emmanuel Macron. Les chefs d’État membres espèrent néanmoins parvenir à un accord sur les points principaux, mais les divisions demeurent, et les ONG redoutent que les compromis passent par l’oubli des priorités planétaires.